Le catch français tente de ressusciter

Grand pays de catch jusqu'aux années 70, la France a peu à peu délaissé la discipline. Aujourd'hui moribonde, elle tente de regagner ses lettres de noblesse, malgré les luttes intestines et les inimitiés qui minent la profession.

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juin 13 2017, 8:01am

Strass, paillettes, musiques assourdissantes, punchlines détonantes et costumes scintillants, le catch actuel a revêtu depuis bien longtemps les atours du show à l'américaine. Pour l'immense majorité des fans de la discipline, le catch se pratique avec l'accent yankee, sous la houlette de la WWE, plus grande fédération au monde, et de son boss incontesté, Vince McMahon, milliardaire en dollars et ami de Donald Trump avec qui il s'est même battu en 2007. Pour les dernières générations de fans français, le catch est un sport-spectacle 100% made in USA, qui a réussi à séduire un public mondialisé. 650 millions de foyers touchés dans le monde, qui font de la WWE une machine à cash florissante : 729 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2016. Un business juteux – créé autour de la passion que suscitent les stars des rings comme Triple H, The Undertaker ou les Hardy Boyz – qui fait oublier au grand public que la France était pourtant l'un des plus grands pays du catch mondial quelques décennies auparavant seulement, en tout cas le plus actif sur le Vieux Continent.

Ils s'appelaient "L'Ange Blanc", "Le Bourreau de Béthune", "Chéri Bibi" ou "Le Boucher de Budapest" et faisaient les gros titres dans les années 50 et 60. Ils remplissaient des salles entières, mais aussi les cases des programmes télé de l'ORTF, assistés de Roger Couderc au micro. Bref, les catcheurs français de l'époque étaient des stars du sport et du divertissement, connus du grand public et plutôt bien payés. Certains d'entre eux sont même devenus des stars du cinéma, comme Lino Ventura. Mais cette période enchantée est bel et bien révolue pour leurs héritiers. Auteur du livre Catch - L'âge d'or 1920-1975, Christian-Louis Eclimont, que VICE Sports avait déjà interviewé, trouve des raisons culturelles à ce déclin en associant l'essor du catch en France à un « culte du mâle super costaud » qui s'est délité après Mai 68.

Photo DR.

Jusqu'aux années 70, le catch passait à la télé jusqu'à deux fois par semaine. C'est là qu'il s'est ancré dans la culture populaire, et qu'il a acquis ce statut hybride, à la frontière entre le sport et l'art, faisant des catcheurs des sortes « d'athlètes artistiques ». Un esprit bien résumé par Christian-Louis Eclimont : « On se souciait peu de savoir s'il s'agissait d'un sport avec des règles précises. Roger Delaporte avait eu un mot assez formidable : il appelait le catch "l'ignoble art" . C'était un cirque certes, mais un cirque où les athlètes font le boulot. » Aujourd'hui malheureusement, le cirque ne fait plus recette en France. Sur les deux cents promoteurs en activité actuellement dans le pays, seule une dizaine gagne un peu d'argent. Côté catcheur, même les meilleurs, qui voyagent dans toute l'Europe pour leurs combats, doivent concilier leur carrière avec un autre job pour vivre et courent le cachet en cumulant les galas plus ou moins reluisants.

Le catch a donc commencé à décliner dans les années 70/80, victime d'une révolution culturelle certes, mais pas seulement. Car le petit monde des catcheurs français est aussi victime de son statut si particulier, et des tensions internes qui pourrissent la profession. Pour mieux comprendre la grandeur et la décadence de la discipline en France, il faut donc rencontrer les anciens du milieu, des vieux de la vieille qui ont connu aussi bien le faste passé que la ruine actuelle. Marc Mercier fait partie de ces vieux loups de mer biberonnés à la glorieuse époque du catch français. A 59 ans, il a derrière lui un solide palmarès : champion de France, d'Europe et du monde dans les années 80, il était l'une des stars de l'écurie de Roger Delaporte, ancien catcheur devenu promoteur et propriétaire de l'Elysée Montmartre. Sa carrière bascule un soir de mars 89 à Kiev, où une blessure l'éloigne un long moment des rings. Avec sa gouaille aiguisée, il se reconvertit dans le cinéma, entre petits rôles dans des séries françaises comme Cordier Juge et Flic et statut de doublure de Depardieu dans Astérix et Obélix contre César. Un CV éclectique, qui en dit long sur le statut si particulier des catcheurs, à la fois hommes de spectacle et sportifs.

Mais Marc Mercier, à la chevelure désormais grisonnante, reste fidèle à ses premiers amours et à son héritage familial car Guy Mercier, son père, était lui aussi un catcheur renommé. Il dirige donc depuis 2006 la Fédération française de catch professionnel (FFCP), l'une des nombreuses fédés autoproclamées qui existent actuellement en France, puisqu'aucune de ces associations n'a vraiment ce statut juridique. Il revient sur l'histoire agitée du catch hexagonal, qui commence officiellement en 1931 avec la naissance de la FFCP sous la houlette de Raoul Paoli – le "Don King" du catch français – et d'Henri Deglane, champion olympique de lutte gréco-romaine en 1924 : « A l'époque, les catcheurs étaient d'anciens lutteurs qui se recyclaient à la FFCP en fin de carrière pour gagner un peu d'argent », explique Marc Mercier.

A l'époque donc, les catcheurs ont une culture 100% sportive, dont ils vont peu à peu s'éloigner lorsque les managers réalisent qu'il y a plus d'argent à se faire en créant des personnages, sur le modèle du catch actuel. C'est à ce moment que les « Bourreau de Béthune » et autres « Ange Blanc » commencent à faire rêver les foules sous la férule de plusieurs promoteurs fortunés. Marc Mercier démythifie l'époque à sa manière : cash et directe. « Les matchmakers travaillaient au noir et s'en mettaient plein les poches. Ils se faisaient des milliards au black, on les appelait la mafia du catch, balance l'ancien athlète. Mon père a mené 8 ans de lutte sociale de 1968 à 1976 pour que les catcheurs aient enfin un statut et soient déclarés. Il a obtenu qu'on soit rattachés au régime des intermittents en 1976. Les matchmakers ont écopé d'amendes énormes, de 800 millions à 5 milliards de francs selon les cas. »

« Après la guerre contre les télés, ils ont arrêté de nous diffuser, c'est là qu'on s'est cassé la gueule »

Marc Mercier, président de la FFCP

Toujours selon Marc Mercier, cette avancée sociale a malheureusement contribué à faire plonger le catch français : « Mon père a aussi lancé une guerre contre Georges de Caunes et les télés qui payaient au black. Ils ont arrêté de nous diffuser, c'est là qu'on s'est cassé la gueule. A ce moment, le catch français a baissé pavillon, les Etats-Unis et la WWE ont repris le flambeau et la Wrestling Stars (WS) a récupéré le reste », déplore-t-il sans rien regretter de l'action menée par Mercier père. Et c'est là que les choses se compliquent, puisqu'entre Marc Mercier et la WS, ce n'est pas vraiment l'histoire d'amour puisqu'elle concurrence sérieusement la FFCP de Mercier fils.

Sérieusement, et illégalement à en croire Marc Mercier : « Ils déclarent quedalle, ils acceptent des galas à moindre frais pour gagner quelques centaines d'euros. C'est ce genre d'institution qui tue la profession. Un catcheur doit donc avoir un contrat de travail, une fiche de paye, une retraite, comme tout le monde. Mais eux, ils jouent sur leur statut associatif de la loi de 1901 pour contourner ça. » Concrètement, Marc Mercier accuse certains promoteurs d'enfreindre la loi poussée par son père, qui définit les catcheurs comme des artistes souscrivant au régime des intermittents. Cette loi « stipule que le catch ne peut être organisé sous le couvert d'une association dépendante de la loi de 1901 », affirme-t-il, et c'est bien par là qu'il compte passer pour permettre au catch de se développer à nouveau. Mais rien n'est gagné : « Je suis le seul à gueuler ! J'ai été reçu par le gouvernement sous Sarkozy, mais sous le quinquennat de Hollande, personne ne m'a écouté, ils n'en avaient rien à foutre. Je vais faire bouger les choses, entamer un deuxième mouvement social dans la lignée de celui initié par mon père. Il faut qu'on arrête d'accepter le proxénétisme, parce que là, c'est ni plus ni moins que ça. »

Marc Mercier, président de la FFCP.

De fait, le catch français est embarqué dans une spirale négative qui l'éloigne toujours plus de sa gloire passée : aucun revenu télé et un financement toujours plus maigre qui poussent les acteurs du milieu à accepter des tarifs très bas pour des spectacles à la qualité toujours plus discutable, parfois sans assurance en cas de blessure ou sans cotiser pour leur retraite. Fatalement, les structures plus sérieuses, qui déclarent leur activité et facturent leur prestation, sont bien plus chères que les autres et perdent tous leurs marchés. Ce que Marc Mercier résume d'une autre manière : « On est en train de mourir à peut feu à cause de petits esprits qui ne voient pas plus loin que le bout de leur bite et qui lèchent le cul des proxénètes. Quand on est jeune, on ne pense jamais qu'on sera vieux un jour. On s'en branle de cotiser pour sa retraite du moment qu'on peut toucher un billet supplémentaire au black pour flamber le samedi soir. »

Si Marc Mercier ne cache pas son amertume, c'est qu'il a l'impression de se battre pour l'ensemble de la profession, alors qu'il ne reçoit pas un accueil très favorable du côté de la WS. C'est le moins qu'on puisse dire, puisqu'entre les deux, le dialogue est rompu depuis bien longtemps. Pire, impossible de parler à une partie sans se mettre l'autre à dos. Ainsi, lorsque nous avons tenté de contacter "Flesh Gordon", directeur sportif de la WS et son bras droit, l'ancien catcheur "Monsieur Jacky", reconverti arbitre et entraîneur à l'école de Faremoutiers (école de catch affiliée à la WS, ndlr), chacun a eu une réponse bien à lui. Le premier s'est montré étonné, surpris de découvrir les critiques de Mercier : « Je le connais depuis les années 80, on s'entendait bien. Ça doit faire douze ans que je ne l'ai pas vu, je n'ai jamais entendu parler de toute ces histoires. Je suis un catcheur, pas un homme d'institutions. »

« En France, le catch, on a l'impression que c'est la fête du slip et de la saucisse. »

Célian Varini, commentateur sportif et spécialiste du catch

Le second s'est montré plus véhément, voire lapidaire : « On m'a dit de ne pas vous parler puisque vous êtes allés voir la FFCP. Mercier, c'est un escroc, un voyou, tout ce qu'on veut. Il balance tout le monde, il a que ça à faire. Son père et lui ils nous ont balancés aux impôts pendant 40 ans. Moi je dis les choses, je mens pas, il nous empêche de vivre de notre métier avec ses conneries. » A ces accusations, Marc Mercier répond volontiers : « Jacky Richard, c'est un fraudeur de première catégorie qui touche sa retraite grâce à la lutte engagée par mon père et qui me chie dans les bottes aujourd'hui. Il me déverse des cuvettes de merde sur la tête tous les matins. Ce sont des accusations en l'air faites par des mecs qui perdent leurs procès. » Insultes, accusations et petites phrases, le monde du catch français n'a pas perdu l'habitude du trash-talking et de la catchphrase. Malheureusement, tout ceci ne se déroule pas sur un ring, et reste en petit comité.

C'est bien ce qui attriste Célian Varini, un autre observateur avisé du catch français. A 35 ans, après être passé par une flopée de chaînes télé, il est devenu l'un des commentateurs les plus calés sur ce sport qu'il a découvert pendant son enfance passée en Floride, émerveillé par les exploits de Hulk Hogan et les premières éditions de Wrestlemania. Autant dire que le retour en France a été un choc, qui le pousse à dresser un bilan sans concession de la situation actuelle : « Je me souviens de la première fois que j'ai vu du catch français, ça devait être en 1992, sur Télématin. J'avais l'habitude du décorum américain, des mecs très musclés, de jolies gonzesses, un spectacle son et lumière devant des milliers de personnes... Là j'ai vu deux grassouillets de l'âge de mon grand-père en train de se chamailler dans un gymnase vide. C'était le truc le plus triste du monde. En France, le catch, on a l'impression que c'est la fête du slip ou de la saucisse. 95% du temps, ce sont des gens à la condition physique et au niveau athlétique pitoyable qui se produisent devant 40 personnes. Vu qu'il n'y a aucun contrôle ni aucune régulation, il y a des dizaines et des dizaines de structures. Parmi elles, il n'y en a même pas dix qui sont sérieuses, et encore, quand je dis sérieuses, je veux dire qu'elles arrivent à organiser plus de deux galas par an. Quand ils voient ça, je comprends que des anciens comme Mercier soient énervés. »

Face à la guerre des chefs qui déchire le catch français, Célian est partagée entre la tristesse de voir la discipline qu'il aime tant toucher le fond, et l'amusement, tant la situation touche parfois presque au comique : « Le catch c'est un milieu tout petit où tout le monde se bouffe le nez. Ce qui est vraiment triste là-dedans, c'est qu'ils se battent pour très peu de gloire et très peu d'argent. Ils s'écharpent pour être le numéro un de la fête du village, ça a un côté presque pathétique. Les Mercier, Flesh Gordon et autres, ce sont des anciens amis devenus meilleurs ennemis. Monsieur Jacky par exemple, il est là-dedans depuis ses 12 ans et demi. Il a jamais rien connu d'autre. Si vous lui enlevez sa petite aura de catcheur, vous lui enlevez tout vous comprenez ? »

Dans ce marigot où s'entremêlent guerres d'égos, luttes symboliques et frustrations, certains catcheurs parviennent tout de même à atteindre le plus haut niveau. Le plus célèbre d'entre eux se nomme Tom La Ruffa. Crâne glabre, épaisse barbe noir charbon et muscles saillants, Tom est un athlète accompli d'un mètre 81 pour 90 kilos, un « petit gabarit pour un catcheur » de son propre aveu. Mais Tom a d'autres arguments, qui lui ont valu d'être le dernier Français à avoir décroché un contrat avec la WWE aux Etats-Unis. Autrement dit le Graal dans une profession où il est difficile voire impossible de gagner sa vie de ce côté-ci de l'Atlantique.

Après plusieurs années passées à s'entraîner dur à toute une foule de sports de combats et à arpenter les rings des compets' de catch européen, il touche au but en 2011. Il n'a alors que 26 ans : « J'ai fait quelques tests avec la WWE qui m'a proposé un contrat de cinq ans. Ce sont des contrats très aléatoires, mais j'ai eu l'opportunité de catcher avec des légendes et d'être coaché par des mecs que je regardais à la télé étant plus jeune, c'était magnifique. J'ai appris énormément au contact de mecs comme Triple H, qui était mon référent direct pour les matchs télévisés en direct mondial et les Hardy Boys à la TNA (la deuxième fédération du monde, ndlr) , qui eux aussi sont des légendes vivantes du catch à 4 ! Pour moi c'était un immense honneur. » Un honneur, et un soulagement financier, puisque ces contrats de développement, les premiers que l'on signe à son entrée dans la cour des grands, assurent quand même à ses bénéficiaires des revenus confortables : entre 50 et 100 000 $ l'année.

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Au-delà de l'argent, Tom est ainsi devenu le premier Français sous contrat aux Etats-Unis depuis André le Géant, la référence française en matière de catch. Un bonhomme d'une toute autre stature, puisqu'il pesait 235 kilos pour deux mètres 24, entré au Hall of Fame de son sport après sa mort en 1993. Si Tom ne pèse pas le double quintal, il a une sacrée assurance au micro, et parle parfaitement anglais, avec ce qu'il faut d'accent français pour que ses personnages s'imposent d'eux-mêmes. Aux Etats-Unis, il a d'abord été « Sylvester Lefort », un riche entrepreneur de la Côte d'Azur, puis s'est retrouvé membre de « l'équipe des Légionnaires » avec Marcus Louis, avant de quitter la WWE pour rejoindre la TNA où il est devenu « Basile Baraka ». A chaque fois, il trimballe avec lui cette image de Français, une vraie curiosité dans le monde du catch US, qui a fait sa force, mais qui a aussi été « sa malédiction » : « J'ai été enfermé dans cette image de Français. Et comme le catch baigne dans les stéréotypes, limite il fallait que je porte un béret et que je hisse le drapeau blanc dès que ça bastonnait un peu. Aux Etats-Unis, on n'a pas vraiment l'image d'un peuple fort et courageux... »

Tom La Ruffa. Photo DR.

Aujourd'hui rentré en France après trois ans et demi en pro aux Etats-Unis, Tom s'est engagé dans l'écurie de Marc Mercier. Mais les perspectives n'ont pas de quoi l'enthousiasmer pour l'instant. A chaque fois, il se frotte au même problème. La FFCP, qui travaille avec AC Prod, une maison de production, démarche les collectivités locales et les entreprises privées qui organisent des galas de catch. Mais au moment de présenter un devis, le client s'enfuit : « Avec Marc Mercier on a lancé une tournée dans les règles. On facture minimum 12 000 euros du coup. C'est clair que quand on affiche nos tarifs, les mecs hallucinent. Ils me disent : "Attendez, la dernière fois, on m'a vendu un projet à 750 euros." Qu'est-ce que vous voulez faire dans ces conditions ? »

Ceux qui n'ont pas eu l'opportunité d'aller en WWE se débrouillent comme ils peuvent. Tarak Alijaan, un catcheur tunisien, n'a pour sa part jamais eu l'ambition d'intégrer cette fédération dont il n'aime ni le style, ni l'esprit. Il a donc tenté sa chance en indépendant pendant deux ans et demi au Canada. Aujourd'hui, il voyage dans toute l'Europe, et vend son expertise en tant que coach sportif pour gagner sa vie, et se produit en parallèle pour la WS, la fédération de Flesh Gordon et Monsieur Jacky. Il offre une toute autre vision des choses. Pour lui, le problème, c'est justement la législation en vigueur, oeuvre de Guy Mercier, qui a permis aux catcheurs d'avoir le statut d'intermittent et les pousse à courir le cachet sur un marché complètement sinistré : « Aujourd'hui malgré nos efforts, on peut pas en vivre parce qu'il faut faire ses heures et que c'est pas avec deux à trois galas par semaine que je vais avoir mon statut. Mercier avec son truc d'intermittence, il fait pas de bien au métier. Il veut juste tirer la couverture à lui. Il faut qu'on s'oriente vers le statut de sportif de haut niveau. Quand vous avez des mecs qui font trois heures de muscu par jour et qui font des squatts entre 140 et 300 kilos à 4 entraînements par semaine, je vous assure qu'on est des sportifs, des vrais. Si vous venez au bord du ring, vous entendrez les impacts, on n'est pas là pour regarder un épisode des Feux de l'Amour. En France, la dominance sportive existe depuis que les forains et les lutteurs qui n'arrivaient plus à bosser se produisaient hors des compétitions classiques. Chez nous, rien n'est scénarisé, c'est de la compet', de la vraie. »

Pour le moment, le catch français s'enferre dans une guerre de position entre deux écoles. Marc Mercier espère de son côté parvenir à mobiliser la classe politique sur la question pour réglementer plus fermement la discipline et condamner ceux qui la pratiqueraient sous le manteau. Pour ce faire, il compte sur le soutien du Syndicat Français des Artistes Interprètes et une oreille attentive du nouveau gouvernement. S'il admire sa constance et son dévouement, Célian Varini a quelques doutes sur l'issue du combat mené par Mercier : « Ces mecs, ils sont issus de la vieille génération, celle qui a connu la gloire du catch français. Sauf que ce qu'ils ne comprennent pas pour la plupart, c'est que, comme 99% des fans de catch d'aujourd'hui, je suis né après leur période faste. Il y a un choc générationnel entre ceux qui ont connu la gloire en France et les jeunes qui ont été nourris au catch US. Je l'aime bien Mercier, c'est courageux ce qu'il fait, mais il se bat contre des moulins à vent. C'est un peu le Don Quichotte de notre profession. » Marc Mercier, lui, refuse de se considérer comme un idéaliste ou comme un chevalier blanc. Il croit en la légitimité et au sens de la « lutte sociale » qu'il a engagée : « Certains diront qu'il s'agit d'une mini-tempête dans un verre d'eau. Mais je ne le pense pas, je suis juste mes convictions. »

BONUS : L'émission Strip Tease s'était intéressée au catch français en 1995, dans l'excellent épisode Flesh Gordon et les pompiers

SUPER BONUS : Le catch français en photos