Surfeurs nazis & strip-baseball : les films de sport les plus étranges de l'histoire du cinéma

On a demandé aux auteurs du livre "Sport & Cinéma" de nous faire une sélection des films de sport les plus bizarres, mauvais ou drôles.

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déc. 2 2016, 9:25am

Capture d'écran YouTube

C'est un livre-somme, et il en fallait bien un pour traiter un sujet aussi vaste : dans Sport & Cinéma (ed. Bailli de Suffren), Gérard et Julien Camy, père et fils, reviennent sur toutes les fois où des caméras ont été posées sur des terrains de football, des courts de tennis ou des circuits de Formule 1, pour donner des fictions parfois dramatiques, parfois comiques, mais presque toujours épiques. En tout, plus de 1000 films référencés dans 60 sports, du Vélo de Ghislain Lambert à Raging Bull, du plus obscur film coréen sur le ping-pong jusqu'à Rasta Rockett.

Le livre présente à chaque fois une sélection de films incontournables sport par sport – l'occasion de se rendre compte qu'il n'existe définitivement pas de chef-d'œuvre sur le football - puis les films mineurs tout de même jugés "essentiels". Les deux auteurs ont également fait intervenir sportifs et cinéastes pour évoquer leur point de vue sur le sport au cinéma. L'occasion d'apprendre que la double championne d'Europe Nathalie Péchalat estime – et on s'en doutait – que Les Rois du patins avec Will Ferrell est bien le meilleur film de l'histoire sur le patinage artistique. Ou qu'Emmanuel Petit se retrouve dans le personnage de Patrick Dewaere dans le Coup de tête de Jean-Jacques Annaud.

Mais si le cinéma sportif compte quantité de longs-métrages réussis, il a aussi produit quelques rejetons honteux ou bizarres, nanars et films trop spéciaux pour être restés dans la mémoire collective. Heureusement, on a demandé au co-auteur de Sport & Cinéma Julien Camy – avec quelques interventions de son père Gérard, les deux s'étant partagés le visionnage des œuvres présentes dans le livre – de revenir sur ce versant obscur du film de sport avec une sélection d'une dizaine de titres. Il les commente ci-dessous :

Maiko haaaan !!! de Nobuo Mizuta (2007) avec Sadao Abe, Shinichi Tsutsumi, Kou Shibasaki...

Le strip-baseball est le nouveau jeu à la mode à Kyoto, dans le quartier des Maiko (apprenties geishas). Mais, pour y participer, il faut beaucoup d'argent... Notre héros, coiffé comme un personnage de Star Trek et gesticulant dans tous les sens, décide donc de devenir professionnel de baseball. Ficelles énormes, gags éculés, surjeu hallucinant des acteurs, match délirant : le burlesque a un prix, et Nobuo Mizuta, le réalisateur de Maiko haaaan !!!, ne veut rien payer. Le nanar absolu. (Gérard Camy)

VICE Sports : Comment êtes-vous tombés sur ce film ?
Julien Camy : Alors celui-là, c'est mon père qui l'a vu. Pour ce livre, on s'est basé au départ sur les ouvrages américains qui existaient souvent autour du sport américain, mais il n'y en a qu'un ou deux, sortis il y a quelques années, et qui ne s'intéressaient qu'aux sports US. Ça nous a aidé sur la filmographie américaine. Mais pour tout le reste, on a travaillé par mot-clé sur Internet. Pour ce film-là, on a demandé à des amis des listes de films qu'ils connaissaient, et on avait des amis qui résident en Asie. Il y en a un qui nous a fait une liste extrêmement complète, sport par sport, où se trouvait celui-ci.

Après quand on va voir sur Internet autour d'un film sur le baseball, sur YouTube par exemple, d'autres films sont proposés sur le côté. Par exemple, l'autre fois, je suis tombé sur un film de vélo mexicain que je n'avais pas vu en recherchant un film espagnol qui est dans le livre. Après sur IMDB, c'est aussi facile de trouver, notamment pour les sports comme le volley-ball, le lacrosse ou les films sur la perche...

Et pour le regarder comment avez-vous fait ?
On en a vu pas mal sur YouTube, ou sur différents sites de streaming. On y a passé des nuits entières. Sur certains films, on a demandé à des gens de les voir pour nous pour savoir si ça valait le coup.

The Magnificent Eleven de Jeremy Wooding (2013) avec Robert Vaughn, Sean Pertwee, Josh O'Connor...

Comme son titre le laisse présager, ce film est une parodie loufoque des Sept Mercenaires (The Magnificent Seven, J. Sturges, 1960). Pour enfoncer le clou encore davantage, Robert Vaughn, qui était le dernier survivant du célèbre western – il vient de mourir le 11 novembre 2016 – joue dans le film un gangster américain tout de noir vêtu... L'action se situe dans une petite ville du sud-est de l'Angleterre dont l'équipe amateur, "les Cowboys", est au plus mal et les employés d'un restaurant indien sont rackettés par la bande de Vaughn. L'union fait la force... Thriller, western, Bollywood, burlesque, et beaucoup de moments de foot comiques, se mêlent pour le meilleur et pour le pire dans cette comédie finalement plutôt drôle, qui lorgne sur The Full Monty (Peter Cattaneo, 1997). (Gérard Camy)

Mike Bassett : England Manager (2001) de Steve Barron avec Ricky Tomlinson, Amanda Redman, Bradley Walsh...

Après le décès de son sélectionneur, la sélection anglaise se cherche un nouvel entraîneur pour la Coupe du monde. Tous les coaches de première division refusent. La fédération est alors obligée de se tourner vers Mike Bassett, entraîneur de deuxième division, qui quitte son petit club de province pour découvrir naïvement l'univers impitoyable du haut niveau.

J'imagine qu'il doit y avoir beaucoup de films qui dépeignent le football amateur anglais. Vous n'avez pas été submergés parfois par des films qui se ressemblaient ?
Sur le foot anglais, il n'y a pas tant de films que ça finalement. Et Mike Bassett est vraiment différent des autres puisqu'il est tourné sous la forme d'un faux documentaire. J'adore l'acteur principal, Ricky Tomlinson, qui a tourné pour Ken Loach et qui a fait beaucoup de soap operas très drôles en Angleterre. Dans ce rôle-là, il est fabuleux. Pendant tout le film, il essaie de tenir sa ligne de conduite, un 4-4-2 qui ne marche pas, mais il continue. Il attend un miracle comme ceux qui peuvent arriver dans le sport.

Plus largement sur le foot anglais, il existe quelques films, dont un qui est très bien, The Damned United, assez beau. Et après, il y a Carton Jaune évidemment. Des films de hooligans aussi, Football Factory, les films comme ça... Sur le foot, on en a mis 70 ou 80, mais il y en a plus de 300 répertoriés. En fait, le football en Angleterre est souvent traité de manière sociale. On sent que c'est un sport qui est très important dans les classes populaires, et donc le cinéma en tant que miroir de la société se fait l'écho de ça. Mike Bassett, c'est un des films sur le foot qu'aime bien Ken Loach : il l'avait cité quand on l'a interrogé pour le livre.

Panique sur le green (1989) de Thomas R. Rondinella avec Robert North (II), Jeremy Whelan, Victoria Scott...

Une tondeuse possédée sème la terreur dans un country club en déchiquetant ses membres. Giclées de sang, golfeurs mutilés et performances d'acteurs approximatives dans ce nanar signé Troma Entertainment.

Pour résumer, c'est Les Dents de la mer avec une tondeuse et sur un parcours de golf, non ?
En gros, c'est un peu ça. C'est un petit film d'horreur, sans aucune prétention, mais qui a tous les codes du genre, que j'ai trouvé assez drôle et plutôt pas mal fait. A un moment donné, il y a une charge de tondeuse à gazon sur la Chevauchée des Walkyries de Wagner, à 20 à l'heure sur le green, que j'ai trouvée merveilleuse.

C'est un nanar, mais en même temps, il y a un peu plus d'idées que dans un nanar de bas étage : il y a des idées de mise en scène, on met du temps avant de comprendre vraiment ce qu'il se passe... Il y a un second degré qui est assez drôle, c'est une sorte de pastiche de film d'horreur qui est assez intéressante.

Surf II (1984) de Randall M. Badat avec Eddie Deezen, Linda Kerridge, Eric Stoltz...

Pour se débarrasser des surfeurs, un scientifique fou invente le Buzz Cola, une boisson qui transforme ceux qui la boivent en zombies punks qui se nourrissent de déchets de la mer. Le film oscille "entre la comédie grasse, le film d'horreur de série Z, et la réflexion écologique (!)".

Surf Ninjas (1993) de Neal Israel avec Ernie Reyes Jr., Nicolas Cowan, Rob Schneider, Leslie Nielsen...

En Californie, deux adolescents surfeurs d'origine asiatique découvrent qu'ils sont les princes héritiers d'une île de la mer de Chine. Grâce à leurs pouvoirs en combat à mains nues, ils vont tenter de déloger le despote qui sévit actuellement dans leur royaume.

Surf nazis must die (1987) de Peter George avec Gail Neely, Robert Harden, Barry Brenner...

Autre production Troma, Surf nazis must die prend place après un tremblement de terre qui a semé le chaos sur les plages californiennes. Un gang de surfeurs nazis menés par Adolf, le "führer de la nouvelle plage", tente de prendre le contrôle des côtes. Mais "Mama", la mère d'un jeune afro-américain tué par ces surfeurs nazis, s'échappe de sa maison de retraite et compte bien se faire justice elle-même. L'occasion, assez rare, de voir des surfeurs faire des saluts nazis.

Trois films de surf, tous des nanars, j'ai l'impression...
Ah oui, là, c'est vraiment des nanars. Surf II, le titre ne parle pas vraiment pour lui. Après, Surf Ninjas tient les promesses de son titre, ils vont vraiment à l'attaque du grand méchant, joué par Leslie Nielsen, en planches de surf. Et Surf nazis must die, le titre est génial, mais à l'arrivée, c'est une production Troma faite avec trois bouts de chandelles. C'est un peu décevant.

Mais Surf II, je l'ai trouvé assez drôle parce qu'il y avait une volonté de parler d'écologie, d'avoir une sorte de discours écologique comme le font les surfeurs, dans un nanar qui n'a ni queue ni tête.

Est-ce qu'il y a une explication au fait que le surf se prête assez bien au genre du nanar ?
Oui, il y a aussi Psycho Beach Party (2000). C'est un mélange entre les beach party movies, les films de surf des années 60 avec des bandes de jeunes sur la plage, qui font du surf avec la musique des Beach Boys en fond sonore, et Psychose. Et le film mélange vraiment les deux. Là, aussi il y a beaucoup de pastiche, beaucoup de second degré, ce n'est pas vraiment un nanar.

Il y a beaucoup de films de surf, et certains qui ne sont plutôt pas mauvais. C'est une culture le surf : un marqueur culturel qui va avec la musique, les fringues, une manière de penser. C'est une communauté. C'est peut-être plus facile de s'en moquer, de le pasticher. Et puis après, les réalisateurs et les producteurs avaient peut-être simplement envie de tourner des films au bord de la mer. Des fois, il ne faut pas chercher des réflexions théoriques trop loin. Peut-être que c'était simplement "Hey, les gars, on fait un film ? Bon, il faudrait avoir des filles en maillot de bain et de la musique..."

Oui, c'est peut-être ça le prétexte principal finalement.
Oui, c'est comme le volley-ball, ce sont presque toujours des compétitions de beach-volley, parce qu'on voit des hommes bien musclés et on voit des filles en maillot de bain. Quand les mecs font des bandes-annonces, c'est bien plus simple de vendre des filles qui se trémoussent en maillots de bain que des filles dans un gymnase avec des néons et qui résonne à chaque bruit.

D'ailleurs on en vient à l'un des seuls films de votre livre ayant pour sujet le volley :

Oppai Barê (2009) d'Eiichirō Hasumi avec Haruka Ayase, Munetaka Aoki, Toru Nakamura...

Une jeune institutrice arrive dans un nouveau lycée et propose d'entraîner l'équipe de volley-ball. Elle découvre qu'il n'y a que cinq joueurs, qu'ils n'ont jamais touché un ballon de volley de leur vie, et qu'ils ont les hormones en folie. Pour les motiver, elle leur promet de leur montrer ses seins s'ils arrivent à remporter un match.

Oui, alors celui-là, je l'ai vu en japonais non sous-titré. Je ne parle pas très bien japonais mais j'ai un ami au Japon qui l'a vu aussi et qui m'a eclairé pour certaines scènes. Mais bon, dans tous les cas, c'était pas très compliqué à comprendre. Du moment où on a lu le pitch, on comprend l'intrigue.

D'ailleurs, comment arrivent-ils à tenir 1h40 là-dessus ?
Ça reprend surtout les codes du film de sport traditionnel : l'équipe d'outsiders qui va s'entraîner à fond pour gagner le championnat. Ce qui est drôle, c'est qu'à la fin, ils ne gagnent pas. C'est très Japonais, c'est un humour assez gras, mais bizarre : des gags scatos ou tournés vers le sexe, mais pas vraiment gras parce que très enfantins. Ce film-là, j'étais content de l'avoir trouvé parce que j'adore en faire le résumé. Et apparemment, de ce que j'ai lu à droite à gauche, ce serait issu d'une histoire vraie.

Ivory Tower (2010) d'Adam Traynor avec Chilly Gonzales, Tiga, Peaches...

Deux frères joueurs d'échecs aux styles radicalement différents, Hershell and Thadeus Graves (les musiciens canadiens Gonzales et Tiga, respectivement) s'affrontent sur une partie d'échecs.

Vous avez sélectionné celui-là aussi, qui a l'air un peu différent des autres...
Oui, c'est complètement barré. C'est un OVNI, qui tourne autour d'une compétition d'échecs entre deux frères. La musique de Gonzales est incroyable. Il invente une nouvelle manière de jouer, le "jazz chess" comme il le dit dans la première scène du film, où il improvise. Alors que son frère suit la technique classique des échecs, lui va déranger tout le monde en improvisant. Tout le film est un peu dans cet esprit-là : on a presque l'impression qu'ils improvisent les scènes.

Ça se rapproche de quoi, de la comédie indé américaine, du film d'auteur français ? J'ai vu qu'il y avait Céline Sciamma au scénario par exemple...
Non, ce n'est pas du tout américain. Je n'arrive pas vraiment à le classer, c'est un film complètement libre. Ça tient plus de l'art contemporain, je dirais, dans sa liberté et sa diversité.

Bajrangi Bhaijaan (2015) de Kabir Khan, avec Salman Khan, Kareena Kapoor...

Un jubilatoire mélodrame « Bollywood » de Kabir Khan dans lequel le comédien Salman Khan, adepte du culturisme au physique de Sylvester Stallone, joue un lutteur incapable de combattre car chatouilleux (géniale trouvaille). De rares mais belles séquences de lutte sur des terrains en terre battue. Un « Bollywood » parsemé de trouvailles insensées, beaucoup plus déjanté que ...Sultan d'Ali Abbas Zafar sorti un an après, avec le même acteur mais son personnage de lutteur qui tente un comeback ne réagit plus aux guili-guili de ses adversaires... (G.C.)

Est-ce qu'il y a beaucoup de films sur le sport dans le cinéma bollywoodien ?
J'en ai vu quelques-uns, notamment Sye, un film de rugby, ou le remake de La Bande des quatre de Peter Yates, autour du vélo donc : un film bollywoodien classique, franchement pas exceptionnel. En cricket, Lagaan est un grand film bollywoodien. Mais au final, le sport est présent dans tous les cinémas du monde. Le sport est un tel vecteur d'émotions, cela rassemble. Donc le cinéma, comme industrie, va chercher les sujets dans les grandes forces rassembleuses et le sport en est un.

Pourtant, en France, le sport a été mal vu par les élites intellectuelles. Du coup, le cinéma d'auteur français ou même le cinéma grand public ne s'en sont pas vraiment emparés. Mais aux Etats-Unis, dès le début, des films ont traité de grands sportifs ou pris en toile de fond une histoire sportive, parce que le sport fait rêver les gens. Et le cinéma est là aussi pour faire rêver.

Seven Days in Hell (2015) de Jake Szymanski avec Andy Samberg, Kit Harrington, Will Forte...

Moyen-métrage de 43 minutes diffusé sur HBO l'an passé, cette comédie tournée comme un faux documentaire (ou mockumentaire) raconte le match le plus long de l'histoire du tennis. Celui-ci a opposé sept jours durant, en 2001, le fantasque Aaron Williams (Andy Samberg) à l'enfant prodige, brimé par sa mère, Charles Poole (Kit Harrington), sur le gazon de Wimbledon.

Comme Mike Bassett : England Manager, c'est un mockumentaire. Est-ce que ces films fonctionnent parce que le documentaire sportif est un genre qui se prend très au sérieux ?
Oui, il y a de ça. Les sportifs aussi se prennent très au sérieux, et dans le tennis notamment. Moi, ce que j'ai trouvé bien, c'est qu'ils parlent là des relations entre un tennisman et sa mère, et on sait que dans le tennis, les parents ont toujours une place importante. Dans les films de tennis, il y a souvent cette relation parents-enfant qui est forte. Et dans ce film-là, c'est aussi abordé. Dès le premier film de tennis, Jeu, set et match d'Ida Lupino, ça traitait des relations entre une fille et sa mère. Quand on connaît l'histoire du tennis, pas mal de relations parents-enfants ont créé des soucis à quelques joueurs.

Seven Days in Hell, c'est un film qui permet aussi de sortir de l'image très consensuelle du tennis. Autant, avant, il y avait des joueurs qui sortaient un peu de l'ordinaire comme McEnroe, Connors... Maintenant, tout le monde est assez consensuel.

Est-ce que c'est pour ça que c'est un sport assez peu exploré par le cinéma ?
Je pense que c'est surtout assez difficile à représenter, pour deux raisons. Elie Chouraqui nous a dit ça sur le volley : c'est compliqué de filmer une balle qui va très vite, d'un côté à l'autre. C'est difficile de redonner une impression intéressante dans la fiction au spectateur. Mais aussi, comme le dit Richard Loncraine (réalisateur de La Plus Belle Victoire (Wimbledon), ndlr), tout le monde sait à quoi ressemble un joueur de tennis, tout le monde a déjà vu jouer un joueur pro, mais personne n'a jamais vu un monstre comme Godzilla par exemple. Donc, c'est plus facile d'être "crédible" en faisant un film de monstre qu'un film de tennis. Si on veut faire croire qu'on a un joueur professionnel alors que l'acteur ne sait pas jouer, alors le film est foutu. Et le tennis est un sport où ça va assez vite, c'est assez difficile de tricher.

Pour moi, le film le plus réaliste sur le sport, c'est Without Limits de Robert Towne, le biopic sur le coureur Steve Prefontaine, star de l'athlétisme américain. C'est Billy Crudup qui l'incarne et il est incroyable. Pour avoir fait de l'athlétisme en compétition pendant douze ou treize ans, sur du 800m, je sais ce que c'est des coureurs de demi-fond, et lui est incroyable. J'étais scotché. J'ai eu Robert Towne au téléphone, et il m'a raconté que Billy Crudup s'était entraîné pendant une année. A la fin, il courait des quarts de mile avec un temps très honorable par rapport aux coureurs pros américains avec qui il s'entraînait.

Longshot (1981) d'E.W. Swackhamer avec Leif Garrett, Linda Manz, Ralph Seymour...

Leif Garrett interprète un jeune joueur de babyfoot qui veut gagner de l'argent pour aller jouer au football en Europe. Pour cela, il va tenter de remporter les championnats du monde de babyfoot.

Un film complètement différent maintenant, pour un "sport" qui, à première vue, n'a pas l'air de se prêter au cinéma...
Non, c'est un vrai film sportif, il y a un champion, un championnat, des tactiques de babyfoot... C'est un film américain que je trouve assez drôle parce que ça se passe dans le milieu du babyfoot mais il y a aussi un côté Série B américaine des années 1980, ce genre d'ambiance-là. C'est un film mineur mais qui est rigolo parce qu'on n'en voit pas tant sur le sujet. Le dernier coup qui les fait gagner est juste incroyable ! Mais c'est encore une fois une équipe d'outsiders qui va réussir à gagner : les codes traditionnels du film sportif mais au babyfoot.

N'y aurait-il pas d'ailleurs une certaine paresse dans le film de sport qui reviendrait à adapter ce scénario-là, vu et revu, à des sports mineurs ou méconnus ?
C'est très sportif, le scénario de l'outsider parce que c'est ce qui fait rêver les gens : tout le monde rêve d'être champion, et c'est par le truchement du cinéma de fiction et de cette projection qu'on fait sur les personnages qu'on a ce rêve qui naît un peu au fond de nous. Et on est un peu champion. C'est ce que j'aime bien dans le cinéma : ça permet de rêver et pendant une heure et demie, deux heures, on peut nous aussi rêver d'être champion. Je suis très premier degré par rapport au cinéma, mais je revendique ce côté bon public, le fait de prendre du plaisir au cinéma, comme on peut prendre du plaisir en regardant des matches.

Tilt (1979) de Rudy Durand avec Brooke Shields, Ken Marshall, Charles Durning...

Brooke Shields joue une adolescente de 14 ans prodige du flipper. Elle s'allie à un chanteur de country et les deux vont gagner de l'argent en arnaquant des parieurs.

Je trouvais que ce film-là caractérisait bien une des tendances de certains films de sport à travers l'histoire du cinéma, qui est de se raccrocher à n'importe quel sport un peu à la mode pour en faire un film.
C'est exactement ça, parce que le flipper, c'était tendance à l'époque. Mais celui-là, il a mis 11 ans à être produit, et au final, il n'a pas eu un grand succès. Mais il y a Brooke Shields, et c'est drôle parce que c'est le même scénario que Les Blancs ne savent pas sauter - un excellent film par ailleurs - : Brooke Shields a cette capacité à ne pas faire tilter les flippers, c'est un personnage surprenant, jeune, dans un monde plutôt masculin... Personne ne la prend au sérieux, et elle va gagner à chaque fois.

Vous avez hésité à incorporer le flipper au livre en tant que "sport" ?
Oui, mais on voulait qu'il y ait des choses comme ça, un peu drôles. Parce que dans la notion de plaisir, il faut aussi rire de notre sélection de sports. Et pourquoi pas le flipper ? On pourrait faire de tout une compétition : la course de garçons de café, par exemple, si on avait trouvé un film, pourquoi pas ? On voulait mettre tous les sports au même niveau parce que pour un fan de lacrosse, sa passion a autant de valeur que celle d'un fan de football par exemple. Après, c'est sûr qu'il y a eu moins de films.

Sport & Cinéma, de Gérard et Julien Camy (éditions Bailli de Suffren)

NB : Julien Camy tient à préciser que tous ces films ne sont pas forcément regardables, et, pour ce qui est des films atypiques sur le sport, conseille plutôt Surfer, Dude dans lequel un Matthew McConaughey évidemment torse nu joue un surfeur en pleine crise existentielle, ou On the Edge avec Bruce Dern en coureur interdit à tort de compétition et qui revient dix ans plus tard pour participer en cachette à un trail.

Adrien vous conseille de regarder en priorité Seven Days in Hell et a un compte Twitter.