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Oui, oui, rouler à 200 km/h en Formula E, c'est épuisant, et ça demande beaucoup de préparation

On s’est toujours demandé comment les pilotes préparaient leurs courses et si conduire une voiture était si fatigant que ça. Eléments de réponse.

Guillaume Richard

Photo Vincent Curutchet/DPPI

Cet article fait partie du programme e-Generation, réalisé en partenariat avec Renault.

Le sport auto est-il vraiment un sport ? Finalement, tout le monde est capable de rester deux heures dans une voiture. Même à grande vitesse. C'est l'engin qui fait tout le boulot. Le plus dur dans ce métier, c'est d'avoir le permis de conduire ! Ces remarques, les pilotes automobiles les entendent à longueur de temps. Mais pour convaincre les sceptiques, un ou deux tours de circuit dans un bolide s'imposent. Pas besoin de rouler trop vite. 180 à 200 km/h suffiront. Très vite, les douleurs au dos et à la nuque apparaissent, les jambes sont lourdes et les tendons des pieds posés sur les pédales tirent. Dans les bras, il faut compenser les G de forces encaissés à chaque virage et le cœur s'emballe à cause de l'adrénaline liée à la vitesse et à la peur de fracasser contre un mur un bolide qu'on ne pourra jamais se payer. Le tout en n'ayant passé que deux petits tours sur une piste, sans concurrence, et à une vitesse limitée.

Alors oui, les pilotes sont des sportifs de haut niveau, qui connaissent parfaitement leur corps, et passent plusieurs heures par jour à le préparer aux efforts qu'ils feront pendant une course. « La Formula E n'est pas vraiment différente des autres catégories de monoplaces », assure Sébastien Buemi, pilote chez RENAULT e.dams. Actuellement en tête du championnat (qui en est à sa troisième course sur onze), il commence à avoir une sacrée expérience.

Trois saisons chez Toro Rosso en F1, champion du monde d'endurance en 2014 avec Toyota, et donc vice-champion Formula E, l'an dernier avec REANULT e.dams. « La préparation physique se programme sur une saison entière avec un coach sportif, détaille-t-il. Il y a un travail de fond, avec beaucoup de course à pied et de vélo. De la natation aussi. Tout ça, c'est pour travailler l'endurance. Pour l'explosivité, je préfère des sports comme le foot ou le tennis, de la musculation dans une salle de sport également. De toute façon, il est recommandé de faire plein de sports différents. Déjà pour ne pas se lasser, mais aussi pour s'habituer à faire face à de nouvelles conditions. C'est très utile pour la Formula E. Les pistes sont très urbaines, on est très proche des murs. L'entraînement multiple permet une meilleure adaptation aux conditions très changeantes des courses en ville. »

Le pilote Renault e.dams sur un Swiss ball. Photo Instagram Sebastien Buemi.

Même combat pour Stéphane Sarrazin. Lui aussi pilote multicarte, il roule notamment en Formula E pour l'écurie Venturi. « L'entraînement de fond est hyper important, assure-t-il. Si on est certain que son corps va suivre, c'est un élément en moins à contrôler pendant la course. Pour m'entraîner, je cours très souvent, mais je fais surtout énormément de vélo. J'ai la chance de vivre dans le Sud et de pouvoir faire de longues sorties au soleil sur des routes vallonnées. » Et preuve que son entraînement n'est pas de la rigolade, le Français a d'ailleurs participé à plusieurs reprises à des cyclosportives d'un très bon niveau.

Avec tout cet entraînement donc, pas vraiment de problème de poids. Peu probable de voir les pilotes partir en cure pendant l'hiver à Merano en Italie avec les Gignac, Benzema et autres footballeurs qui cherchent régulièrement à perdre leurs kilos superflus. « Je connais bien mon corps, assure Buemi. Avant de passer sur la balance je peux dire mon poids à 300 grammes près. Je pèse 72 kg avec le casque et tout l'habillement. Dans le paddock, ça va de 62 à 63 kg pour les plus légers, à 80 kg pour les plus lourds. Mais clairement plus vous êtes léger, mieux c'est. » Avec toujours en tête d'anticiper la perte de poids pendant la compétition. « Même si les courses sont assez courtes, elles ne durent qu'une heure, on perd environ 1,5 et 2 kg à chaque fois, reprend le Suisse. C'est un élément à prendre en compte car il y a dans le règlement un poids minimum en dessous duquel l'ensemble poids-voiture ne doit pas tomber à la fin du Grand Prix. Et comme on essaie d'être le plus léger possible, il faut être sûr d'être dans les clous à la pesée à l'arrivée. » Alors pour maîtriser cette perte de poids, les gourdes sont chargées en boissons électrolytes, qui mettent davantage de temps à s'évacuer du corps et permettent donc un meilleur contrôle de la transpiration.

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Une course d'environ une heure, souvent dans des centres-villes. Deux séances d'essais de 45 et 30 minutes. Le format du championnat de Formula E est relativement court pour du sport automobile. Et avec des vitesses autour de 200 km/h de moyenne, les G, encaissés majoritairement au niveau de la nuque, sont réduits. « C'est peut-être moins intense que sur des formules plus rapides ou des circuits normaux, concède Buemi. En revanche sur les bras, comme ce sont des voitures sans direction assistée et relativement lourdes, c'est très usant pour la partie haute du corps de conduire sur ces circuits très urbains, avec beaucoup de virages serrés. Pareil pour les jambes, avec une pédale de frein relativement lourde. Ça arrive régulièrement de sortir d'une course avec des courbatures ou des bleus. Il y a pas mal de chocs dus aux trous dans les pistes ou aux bordures. On tape aussi souvent les coudes dans la voiture très étroite. Le lendemain, c'est clair, ça pique un peu. »

Pour être le plus frais possible, le leader du championnat recommande de bien se comporter la semaine avant la course. « On prend souvent l'avion pour traverser la planète, explique-t-il. Il vaut mieux lever le pied cette semaine-là pour être au top de la concentration au moment du départ. Privilégier la récupération et surveiller son alimentation. » Et dans ce sport où les réflexes sont capitaux, la vision joue un rôle majeur.

Le Suisse se fait des sessions vélo pour avoir de la caisse. Photo Instagram

Pas de soucis pour ceux qui n'ont pas dix sur dix aux tests ophtalmologiques, le départ peut se prendre avec des lentilles. « Lors du championnat du monde d'endurance, notamment aux 24 Heures du Mans, je roule la nuit, le jour, avec le soleil dans les yeux, diurne..., c'est un bon entraînement pour s'habituer à l'environnement urbain et changeant de la Formula E, analyse Buemi. Le temps de réaction, notamment lié à la vision, est quelque chose qui est très difficile à améliorer. Vous pouvez vous entraîner énormément, vous n'allez pas tellement progresser. Il faut simplement posséder le meilleur équipement possible. C'est tout bête, mais avoir une visière sale ou une visière super-propre, ça peut faire gagner quelques dixièmes. On a plus à gagner sur ce genre de détails qu'en passant énormément à s'entraîner dans ce domaine. Le temps de réaction en général est inné. Il a même tendance à se détériorer avec l'âge. »

C'est une des phases des courses de Formula E les plus appréciées par le public. Qui dit électrique, dit absence de ravitaillement. Mais comme les batteries ne peuvent pas tenir pendant toute la course, les pilotes changent de baquet à mi-parcours. « Pour bien réussir cette phase on est entraîné, réentraîné, surentraîné, insiste Buemi. Tout le monde dans l'équipe sait exactement ce qu'il doit faire. Ça fait partie de la course. Ça ne pose pas vraiment de problème. Je sais exactement où je dois arrêter la voiture, comment je dois en sortir et comment je redémarre la deuxième auto. C'est très intéressant à voir pour le spectateur, mais pour nous les pilotes, tout ça se fait automatiquement. »

Enfin pas tout à fait pour le pilote Suisse. « J'ai une petite superstition, normalement je sors toujours du côté gauche de la voiture. Mais des fois en Formula E, il n'y a pas le choix quand on fait le changement en fonction de la configuration des stands. » Lors de la dernière course à Punta del Este, en Uruguay, Buemi a dû rentrer dans sa RENAULT e.dams par la droite. Et a gagné la course. Comme quoi...