De La Courneuve à l'Indiana, Anthony Mahoungou est parti vivre son rêve de footballeur américain

Il y a près d'un an, le joueur du Flash de La Courneuve devenait le premier joueur formé en France à intégrer une équipe de première division de NCAA. Il nous raconte son aventure.

|
janv. 28 2016, 3:25pm

Photo Purdue Athletics

Le 18 décembre 2014, Anthony Mahoungou s'engageait avec l'université de Purdue, située à West Lafayette dans l'Indiana. Près de deux semaines plus tard, l'ancien receveur du Flash de La Courneuve débarquait outre-Atlantique, dans un campus cosy et bien rangé, où les bâtiments en briques rouges côtoient les nombreux espaces verts. Un changement de vie pour le natif de Drancy en Seine-Saint-Denis qui a dû s'adapter aux us et coutumes américains tout en cravachant pour séduire le staff des Boilermakers de Purdue.

Et le 6 septembre 2015, Anthony Mahoungou faisait ses débuts en NCAA, le championnat universitaire américain. Il est ainsi, à l'heure actuelle, l'unique Français à jouer aux Etats-Unis à ce niveau-là. Une grande première réussie avec 59 yards parcourus et 4 réceptions. Le jeune homme de 22 ans raconte son aventure en Amérique.

VICE Sports : Comment en arrive-t-on a faire du football américain quand on est Français ?
Anthony Mahoungou : Ça dépend des gens. Certains sont très fans de sports américains et s'y mettent. Pour d'autres comme moi, c'est plutôt le football américain qui vient vers eux. Mon frère a commencé le foot US car à l'époque il avait appris que le club de notre ville, La Courneuve, avait été champion de France pendant trois années consécutives et était un pilier du football américain en Europe.

Avant de partir aux USA, tu as uniquement joué à La Courneuve ?
Oui, le seul club dans lequel j'ai joué est le Flash de La Courneuve car c'est là où j'ai toujours habité. J'ai toujours été titulaire aussi bien en cadet qu'en junior. Je suis parti avant d'attendre d'intégrer la catégorie senior qui évolue en 1ère division française.
J'ai par ailleurs évolué en équipe de France junior et senior et j'ai été sélectionné dans la World Team, une sélection des meilleurs joueurs mondiaux qui jouait contre l'équipe nationale américaine lors de l'International Bowl.


Le 18 décembre 2014, tu t'engageais avec la fac de Purdue. Comment se passe le processus de recrutement pour un étranger ?
Le processus de recrutement dépend énormément du prospect. Si des écoles te veulent absolument, elles feront le premier pas vers toi. Mais c'est généralement le prospect qui contacte et envoie ses vidéos aux coachs des universités.

Pour ma part, Purdue m'a contacté une semaine après ma victoire du NCFC Bowl Game et ma sélection dans l'équipe 1ère All-Conference. Puis le coach offensif est venu me voir sur mon campus et m'a offert une bourse après un long entretien. Ils m'ont ensuite invité un week-end à Purdue pour une visite officielle. C'est-à-dire qu'ils payent ton billet d'avion, une belle chambre d'hôtel et tu visites les installations, tu discutes avec les coaches. Le soir, tes futurs coéquipiers qui te servent d'hôtes te font passer du bon temps en te montrant le côté fun de la fac.

Tu avais le choix entre plusieurs facs ?
Oui, au même moment j'étais en contact avec Indiana University et Georgia State University.

Partir aux Etats-Unis est le seul moyen de devenir pro pour un Français qui veut faire carrière et bien gagner sa vie ?
Oui, car le meilleur niveau auquel tu peux jouer est le championnat universitaire. Et il faut savoir que très peu de joueurs passent pro par l'intermédiaire de la Draft comparé à tous les joueurs évoluant dans le championnat universitaire. Il faut bien sûr dominer à la fac pour espérer aller en NFL.

Quand tu as débarqué là-bas, qu'est-ce qui t'as le plus surpris au niveau du foot US ?
Rien ne m'a vraiment surpris car je savais déjà à quel point le programme de football est important dans les universités de 1ère division. Je m'étais préparé à plein de choses pour éviter toutes surprises et m'adapter le plus rapidement possible.

Comment s'est déroulée ton adaptation ?
L'intégration au sein de l'équipe se fait toute seule. Mais au final, moi qui veux être respecté en tant que joueur, je me dois de produire et montrer que je suis le meilleur. Mon but n'a jamais été d'être le rigolo de service ou le petit Français qui vient faire du foot américain.

Les entraînements sont-ils plus difficiles qu'en France ?
Il a y bien plus d'entraînements, mais ils sont surtout plus intenses et structurés. On te fait sentir que chaque minute est précieuse.

Comment tes coéquipiers ont-ils perçu l'arrivée d'un Français dans leur université ?
Malgré la saison que j'ai fais en junior college, au final, j'étais juste un Français qui débarque. Certains te sous-estiment, d'autres attendent de te voir jouer. Beaucoup de regards étaient posés sur moi lorsque je m'entraînais solo avec les quaterbacks. Tu te sens regardé, évalué et jugé.

Quel bilan tires-tu de ta première année aux Etats-Unis, humainement et sportivement ?
Humainement parlant je suis surtout proches des athlètes qui viennent de différents Etats, de différents pays et même de différents continents. C'est difficile d'exprimer correctement ce que tu apprends humainement, je suis désolé, c'est quelque chose d'assez personnel. Mais si il y a quelque chose qui m'a marqué, c'est le regard des enfants que tu rencontres. Tant d'admiration... Tu te rends compte que tu es un modèle pour eux.

Sportivement parlant, quand je regarde les joueurs que j'ai rencontrés, que je les vois à la télévision, je me dis juste que tout ce que j'ai sacrifié en France pour venir ici commence à payer. Mais ce n'est qu'un début et je compte bien continuer ainsi pour mes deux dernières années à Purdue.

Qu'espères-tu après ton parcours universitaire ? N'est-ce pas trop difficile de se faire repérer pour intégrer la NFL ?
Je ne sais pas si c'est difficile, je sais juste que la NFL est un objectif important pour moi. Je ne me dis pas que c'est dur, je me dis plutôt que ce n'est pas donné et qu'il faut le mériter en bossant.

Vu de France, on se dit que ça doit être génial d'être sportif universitaire aux Etats-Unis. Les installations sont magiques tout comme la ferveur des fans.
C'est clair, mais ll faut vivre cette expérience pour réellement s'en rendre compte. Le football en première division a une place incroyable dans les écoles. Entre les stades immenses, les vols longues distances pour les matches à l'extérieur, les hôtels, les tuteurs qui t'aident pour les cours. Tout est fait pour que tu donnes le meilleur sur le terrain. C'est énorme.

Et l'équipe de France dans tout ça ?
L'encadrement de l'équipe de France sait que je ne peux pas participer aux compétitions. Si j'atteins mes objectifs, je réalise que je ne porterai plus jamais le maillot des Bleus. Je suis sélectionnable mais je ne peux pas me rendre aux rassemblements car j'ai cours toute l'année et mes coaches ne veulent pas que je prenne le risque de me blesser. Cependant, à Purdue, dans mon aventure personnelle, je représente mon pays mais aussi l'Europe.

Tu es déjà en contact avec des General Manager de NFL ?
Non, ce n'est pas encore l'heure pour ça. Je compte rester à la fac jusqu'à fin décembre 2017. Je suis censé recevoir mon diplôme à ce moment, puis je compte me présenter à la draft 2018. Je souhaite terminer mon cursus car si je me présente à la draft et que je ne suis pas pris, je perds ma bourse et je devrais payer avec mes fonds propres mon retour à l'école.