Le Bear Grylls de la pêche est Français, il s'appelle Cyril Chauquet

Entre deux épisodes de l'émission où il fait des prises de catch à des requins ou attrape des silures à mains nues, il a accepté de répondre à nos questions.

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nov. 6 2015, 2:55pm

DR

Dans un épisode de la saison 5 de Mordu de la pêche, la version originale canadienne de l'émission qu'il anime depuis dix ans, Cyril Chauquet est missionné par le Dr Borrego, responsable d'une unité de traumatologie dans un hôpital de Floride. Celui-ci effectue des recherches sur les bactéries qu'on trouve dans la gueule des requins. L'objectif du pêcheur-aventurier est tout simple : aller foutre des sortes de cotons-tiges géants dans la gueule de requins-citrons ou de requins-bordés (des bons gros squales des familles) et ramener ces prélèvements à l'hôpital. Le médecin pourra ensuite mettre au point des antibiotiques qui pourront soigner des patients victimes d'infections qu'ils ont développées à la suite de morsures de requins.

L'épisode de 50 minutes voit donc l'animateur lancer sa canne à pêche sur une plage des Everglades, au sud de la Floride, puis, en pleine mer, aux Bahamas, ainsi que sur la côte Ouest des États-Unis. L'émission est un show à l'américaine, dans le plus pur style des émissions d'aventures style Man vs Wild : adrénaline, gros riffs en bande sonore, et scénarisation démesurée mais hyper divertissante.

Au centre, Cyril Chauquet donc, qu'on voit faire des prises de catch à des requins en Floride mais qui est bien originaire de Haute-Savoie. L'animateur tourne toutes ses émissions en français et en anglais, avec à la fois un don pour la dramatisation et l'explication pédagogique. D'habitude, on n'est pas trop client de ce genre de télé américaine qui mise à fond sur le divertissement et les sensations fortes, mais ici, le cocktail fonctionne, surtout parce que le ton est en accord avec les situations complètement excessives dans lesquelles se retrouve l'animateur. Chauquet y est pour beaucoup aussi, avec son entrain permanent de gosse qu'on emmènerait pêcher pour la première fois.

Exilé au Canada depuis une dizaine d'années, la notoriété de Cyril Chauquet se limite en France aux amateurs de pêche qui téléchargent illégalement depuis des années la version francophone de son émission. Son public tricolore s'arrête à peu près là. Mordu de la pêche est bien diffusé depuis quelques saisons chez nous, mais sur l'obscure chaîne du satellite Chasse et pêche, canal 148. Face au succès du show dans le monde anglophone et grâce à son côté grand public, la saison 5 de Mordu de la pêche va être visible sur RMC Découverte sous le nom de Pêche XXL, à partir du 16 novembre.

Bien loin du stéréotype bob-sandales qu'on pourrait se faire du pêcheur français, l'animateur de 39 ans propose donc son aperçu de la pêche sportive, discipline qui semble consister à faire des milliers de kilomètres pour aller attraper des monstres aquatiques de plusieurs dizaines de kilos dans des cadres paradisiaques, avant de les relâcher, respect de la nature oblige. Le genre de boulot plutôt sympa si vous êtes disposé à faire des heures supp.

On a donc discuté avec Cyril Chauquet de sa vision de la pêche, de son émission beargryllsienne et de ses plus belles prises. On aurait aimé faire ça avec un petit jaune au bord d'un étang des Deux-Sèvres, mais vu qu'il réside à Montréal, on a fait ça par téléphone.

Ça t'es venu comment cette idée d'une émission de pêche avec ce côté adrénaline/sensations fortes ?
L'ambition, à la base, c'était de faire une émission cool, jeune, dynamique, tout en voyageant et en allant pêcher avec les populations locales. Je voulais m'éloigner des émissions un peu vieillottes qu'on voit généralement sur le sujet. Je suis un malade de pêche depuis longtemps. La version française a failli s'appeler Malade de pêche d'ailleurs. Comme j'ai grandi dans les Alpes, j'ai fait pas mal d'années de snowboard, d'où ce côté adrénaline. J'étais sponsorisé, presque pro, je faisais des 540° sur des half-pipes.

Je me suis rendu compte après ces années-là, que la pêche sportive me procurait autant d'adrénaline que faire des 540 la tête en bas. Le combat avec le poisson me procurait des poussées d'adrénaline intenses. L'idée c'était donc de montrer ça, avec une émission qui sortait des clichés sur la pêche.

Chaque épisode tourne donc autour d'un seul poisson à chaque fois qui est, soit dangereux à capturer parce qu'il se trouve dans un milieu hostile, dans des endroits reculés, soit parce que ce sont des requins, des barracudas, des poissons dangereux.

C'était quand d'ailleurs ta dernière grande poussée d'adrénaline sur l'émission ?
La dernière, ça doit être il y a un an environ, quand je suis allé pêcher des carangues dans le Pacifique, aux îles Marquises. On est allé là-bas, au nord de Tahiti, et on voulait se rendre sur l'île la plus perdue des Marquises, une de celles où il n'y a aucun habitant. On est donc parti avec les locaux qui y vont pour chasser des moutons sauvages.

Je me suis retrouvé à lancer des lignes au milieu des requins pour pêcher des carangues d'une vingtaine de kilos. Pendant que je les ramenais sur la plage, les requins essayaient de me les bouffer. C'était extraordinaire de se retrouver là, dans cette sorte d'île aux pirates au milieu du Pacifique, vierge de toute pression de pêche. Ça aurait pu être dangereux d'ailleurs parce qu'on était perdu au milieu de nulle part.

Vous avez des consignes de sécurité d'ailleurs sur les tournages ?
On a une trousse de soin de secours et on s'est chacun formé pour faire des points de suture mais c'est à peu près tout. On n'a pas de médecin avec nous. Il y a toujours un hélicoptère qui peut venir en urgence mais sinon c'est vrai que sur le côté sécuritaire c'est limite. En même temps, on va dans des endroits vraiment reculés.

On part par exemple à Manaùs, qui est une grande ville mais qui est déjà perdue au milieu de la jungle amazonienne du Brésil. Et de là, on va faire une journée de bateau pour aller en plein milieu de la jungle. On est avec les populations locales, on survit avec les Indiens, on vit comme eux.

Aujourd'hui tu vas au fin fond de l'Amazonie pour aller pêcher des monstres marins, mais t'as bien dû commencer en France. C'est arrivé comment cette passion pour les gros poissons ?
C'est bizarre parce que personne ne pêche à la base dans ma famille. On s'est demandé d'où venait le gène. J'ai commencé quand j'avais 3 ans dans les Alpes, vers Annecy. Les premiers poissons que j'ai vus c'était dans le bassin de jardin de mes grands-parents, je les attrapais avec les mains. Et puis, les poissons sont devenus de plus en plus gros.

Mais autant aujourd'hui, je pêche des monstres, autant j'ai toujours du plaisir à prendre des poissons de deux, trois kilos avec une technique particulière. C'est ça la pêche : il y a tellement de lieux, de milieux aquatiques, de techniques différentes... Et puis, chaque poisson va se comporter différemment.

Tu parles souvent de combat avec le poisson, c'est là où tu prends le plus de plaisir ?
Ouais, c'est le combat mais c'est surtout faire déjouer l'animal. Le faire mordre sur un leurre artificiel. Je pêche des poissons prédateurs, donc le but, c'est d'imiter quelque chose qui les agresse et qu'eux tombent dans le piège.

Et puis ce qui est jouissif aussi c'est le côté inattendu. Tu ne sais pas toujours sur quoi tu vas tomber. Quand je lance un appât en Amazonie, je sais pas si je vais attraper une carangue de six kilos ou un requin de vingt kilos. C'est pareil en mer aussi, c'est illimité dans les possibilités. Je vais d'ailleurs faire un épisode prochainement sur les calmars géants.

Tu as une vision de la pêche très respectueuse du poisson aussi. Tu pratiques la remise à l'eau à chaque fois...
Oui, je vais jamais à la pêche pour prendre du poisson et le consommer... 99% des poissons que je prends, je les relâche après. Il arrive de temps en temps que j'en ramène un au village, pour les populations locales. Mais quand je suis sur un bateau, je suis en mode traque. Mon intérêt principal est sportif, c'est pas pour passer le temps, faut que ça morde.

J'ai un engagement aussi contre les grosses pêcheries commerciales au filet, je communique là-dessus. Sur la pénurie de thon rouge ou jaune, sur l'aquaculture aussi, ou sur les saumons du Pacifique introduits dans l'Atlantique.

Tu n'as jamais eu de soucis avec des associations de défense des animaux ?
Non, je pense qu'ils voient bien qu'on aime les poissons. Je sais bien qu'il y a un côté con à ce qu'on fait, j'en suis bien conscient : on va aller mettre un hameçon dans la gueule d'un poisson pour se faire plaisir. Ça a un côté injustifiable. Mais la capture, ça va juste lui donner dix minutes de stress en plus dans sa journée au poisson.

Et puis la pêche sportive a des très bons côtés aussi : ça booste l'économie, l'emploi dans certaines régions. Les locaux se rendent compte aussi de l'intérêt à protéger le poisson, qui fera venir des pêcheurs du monde entier. Ça redonne de l'intérêt à une politique de protection des poissons.

En France, c'est plus difficile de pêcher des gros poissons ?
Ah, ça dépend des endroits. On peut faire de belles pêches de silure, qui est un très beau poisson. Bon, il n'est pas indigène, il a été introduit d'Europe de l'Est. On peut aussi faire de belles pêches de thon rouge en Méditerranée, il en reste quand même beaucoup, et la pêche peut être durable si on les remet à l'eau. Toute la partie sud de la France, le Rhône notamment, on peut y faire de très belles pêches. Bon, c'est pas le Canada, où on prend facilement une quarantaine de poissons en une journée. Mais même dans la Seine, on peut tomber sur des gros.

T'as fait un épisode à Paris d'ailleurs dans ta dernière saison...
Oui, mais on est tombés au mauvais moment, c'était juste après la période de crues, la Seine était boueuse... On cherchait le silure, pour raconter l'histoire de son introduction. À l'époque même, Brigitte Bardot était montée au créneau pour dire qu'il fallait éradiquer l'espèce qui, selon la légende, bouffait des petits chiens, des canards...

On a interviewé la brigade fluviale qui sonde les eaux de la Seine. Mais on n'a pas réussi à en trouver, donc on a fini l'épisode en Espagne où on en a capturé un, à mains nues. J'avais ramené des spécialistes de la pêche à mains nues qui venaient de l'Oklahoma, des mecs qui avaient jamais quittés leur État. Je leur ai dit « au lieu de vos petits poisson-chats des rivières de l'Oklahoma, on va s'attaquer à des silures de 70, 80, 100 kilos. » Ils avaient jamais vu ça. Au final, on en a chopé un de 2,20 mètres.

Est-ce qu'il te reste un poisson que tu n'as jamais réussi à attraper ?
J'ai à peu près fait le tour de toutes les espèces sportives. Ce que je n'ai jamais attrapé, c'est un taïmen, un genre de croisement entre une truite et un saumon (ce genre de poisson là,ndlr), qui peut faire une trentaine de kilos et qu'on trouve dans les rivières de Mongolie, dans le nord-est de l'Asie. Mais c'est pas un poisson qui mériterait un épisode, il n'a pas assez de caractère pour qu'on aille le poursuivre. Il n'est pas assez dangereux.

Là, pour la prochaine saison, on pense plutôt partir en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans les régions de cannibales, dans les eaux du Mékong en Thaïlande ou pêcher des requins-tigres aux Bahamas. C'est à chaque fois des paysages somptueux, des régions du monde où je ne serais jamais allé. J'arrive par exemple en Amazonie et on doit aller dans des coins encore plus perdus pour trouver des poissons qui n'ont pas encore été surpêchés. Des fois, je me dis : « Qu'est-ce que je viendrais foutre ici, si c'était pas pour pêcher des gros poissons ? ».

Adrien a dû pêcher deux fois dans sa vie mais il est sur Twitter.