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      Out of Steppe
      Photo Percy Dean
      February 19, 2016

      Out of Steppe

      En 2014 plusieurs skateurs sont partis en Mongolie afin de rencontrer la scène skate locale et expérimenter les différentes possibilités que l'environnement mongol pouvait offrir aux riders. De ce voyage est né un film, Out of Steppe, que VICE Sports vous présente en exclusivité.

      Parmi les riders partis découvrir la Mongolie, il y a Joseph Biais, skateur chevronné de 29 ans, qui n'a pas hésité quand l'opportunité de faire un trip dans ce pays d'Asie s'est présentée. Normal, notre homme a déjà emmené sa planche au Canada, aux Etats-Unis, en Australie, au Maroc, au Vietnam, en Israël, au Japon et aux Philippines. On a donc posé quelques questions à Joseph sur la genèse du projet, la découverte de la Mongolie et la rencontre avec les locaux.

      VICE Sports : Comment est née cette idée de partir rider en Mongolie ?
      Joseph Biais : L'idée de partir en Mongolie faire ce trip de skate vient initialement de Bertrand Trichet, qui est en charge du skateboard chez Carhartt WIP. En 2004, Bertrand avait fait un premier trip de skate en Mongolie en tant que photographe. Le point de départ de ce tout premier voyage était la découverte d'une photo d'un immense skatepark en métal à Oulan-Bator qui avait donné envie à un photographe de skate et plusieurs skateurs d'aller en savoir plus son origine, de le skater, et de découvrir la Mongolie et sa potentielle scène skate. Car il n'y avait pas d'autre information sur le skate en Mongolie que cette photo. Et donc 10 ans après, Bertrand a voulu réorganiser un trip de skate en Mongolie plus ou moins sur le même modèle : skater la capitale Oulan-Bator mais aussi passer du temps dans les steppes et tenter de skater là où, à priori, l'environnement ne s'y prête pas vraiment. Le but était aussi de pouvoir faire une comparaison entre la Mongolie d'il y a 10 ans et la Mongolie d'aujourd'hui, en y incluant l'évolution de sa scène skate.

      Une fois arrivés sur place quelle a été votre première impression ?
      Je n'ai pas vraiment ressenti de gros choc culturel en arrivant. Nous somme arrivés dans la capitale et nous y sommes restés 2 ou 3 jours avant de partir dans les steppes. J'ai trouvé qu'Oulan-Bator ressemblait à une de nos capitales européennes, avec des grands magasins, beaucoup de circulation et des personnes habillées globalement comme chez nous. Ce qui m'a marqué c'est davantage le mélange entre des zones d'architecture assez vieilles, aux bâtiments et trottoirs et routes abîmés, avec des zones de construction d'immeubles neufs en pleine ville.

      L'environnement mongol et son espace urbain se prêtent-ils à la pratique du skate ?
      Je pense qu'il faut faire une distinction entre Oulan-Bator et le reste de la Mongolie. Oulan-Bator possède des routes et trottoirs bétonnés, ainsi que des grandes places dont certaines sont toutes neuves, ce qui permet d'y faire du skate sans problème, d'autant plus cette pratique n'est pas non plus très populaire à Oulan-Bator. Les gens ne sont pas excédés par la dégradation ou les bruits causés par le skate car il y relativement peu de pratiquants. Les skateurs d'Oulan-Bator constituent un très petit groupe comparé à la population de la ville. Contrairement à certaines grandes villes, où le skate est interdit et impossible dans de nombreux endroits, notamment avec la présence des anti-skate ou de panneaux et de vigiles, Oulan-Bator est plutôt étrangère au skateboard et je dirais que les gens sont généralement plus curieux et amusés lorsqu'ils voient du skate. Du coup, il vont laisser faire plutôt que de tenter d'empêcher cette pratique, ce qui rend évidemment les choses plus faciles.

      Pour ce qui est de la steppe mongole et du reste de la Mongolie, du moins de ce que j'ai pu en voir bien évidemment, il s'agit d'immenses étendues vierges avec toutes sortes de troupeaux de bétail, de toutes petites villes et villages aux routes bétonnées ou non et des villages éphémères où plusieurs familles de nomades installent leurs gers (sorte de yourte, l'habitat traditionnel). Bien évidemment cet environnement ne se prête pas à la pratique du skate, mais c'est justement ce contraste qui était intéressant, voir ce qu'il était possible de faire en dépit de cela. La pratique pure du skate est bien évidemment possible partout où le sol permet de rouler en Mongolie, mais quand il s'agit de culture skate ( de pratiquants, de codes, de magazines, d'histoire, de structures : skatepark, spots de référence...) il n'y a rien qui invite vraiment à la pratique.

      Y-a-t-il des freins au développement de cette communauté skate émergente ? En termes de liberté ? De coutumes ? D'équipements ?
      Encore une fois ici, il faut je pense bien discerner la capitale du reste de la Mongolie. Pour ce qui est d'Oulan-Bator, les freins au développement de cette communauté ne sont, je pense, pas liés à des questions de liberté ou de coutumes, mais dans un premier temps à un problème d'équipement, qui est la base de la pratique du skate. Il n'y a pas de skateshop à Oulan-Bator et je me rappelle que plusieurs skateurs locaux que l'on a rencontrés nous ont dit qu'ils arrivaient à avoir des planches quand leurs amis allaient en voyage en Chine ou aux Etats-Unis et qu'ils en ramenaient pour tous les skateurs qui leur avait passé commande. Par exemple, c'est une vraie galère de remplacer un roulement cassé ou de trouver un grip. Ça freine clairement le développement de cette communauté.

      L'environnement culturel ne pousse pas forcément dans le sens de cette communauté. Le skateboard est une pratique très jeune et marginale en Mongolie, la culture mongole n'est pas du tout liée à ce milieu, cette pratique. Tout est à développer ou même à créer. Même si je pense que maintenant avec internet la scène locale peut avoir accès à tous les médias skate du monde, d'une certaine manière, elle reste tout de même isolée.



      Propos de Joseph Biais recueillis par Louis Dabir

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