Miguel Indurain, la légende controversée du cyclisme espagnol

Durant cinq années, Miguel Indurain a été le roi du Tour de France. Mais il y a une grosse zone d'ombre que personne n'a jamais pu clarifier.

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juil. 5 2017, 8:49am

Foto de Pool New, Reuters

Le Tour de France est synonyme de vacances d'été, de siestes après le déjeuner et de fenêtres ouvertes sous la chaleur accablante de juillet. Ça, c'est si vous le suivez depuis chez vous bien sûr.

Les températures que doivent supporter les cyclistes lors du Tour varient beaucoup entre les étapes maritimes de la Côte d'Azur et les étapes de montagne dans les hauts sommets des Alpes et des Pyrénées. La capacité à endurer la chaleur et à rouler des centaines de bornes sous un soleil brûlant est cependant ce qui différencie les stars de ce sport du commun des mortels.

Miguel Indurain était l'un de ceux qui donnaient le meilleur d'eux-mêmes quand le thermomètre grimpait à des niveaux inhumains. Et c'est pour cela que "L'Extraterrestre" est passé de simple coéquipier à star...et de star à légende.

Né à Villaba, en Navarre, en 1964, Indurain a commencé à se démarquer dans l'équipe Reynolds au début des années 80. En 1984, cette équipe lui a permis de débuter sa carrière professionnelle. Cependant, son éclosion n'a pas été immédiate : on ne passe pas d'inconnu à meilleur cycliste espagnol de l'histoire en un jour. Ni même en deux ans d'ailleurs.

Depuis le début, Miguel Indurain a été clair sur le fait que les courses contre-la-montre étaient sa spécialité et c'est là qu'il a commencé à se distinguer, à se démarquer du reste du peloton. Il n'a pas brillé dès ses premiers grands tours – le Giro, la Vuelta et le Tour de France – parce qu'il ne résistait pas à la montagne : il a d'ailleurs même dû abandonner plusieurs fois.

Indurain montant l'Alpe d'Huez, suivi de Vladimir Poulnikov et Luc Leblanc, durant le Tour de France 1994. année durant laquelle il a remporté son quatrième Tour consécutif. Image vía Flickr

Mais la manière de rouler d'Indurain a sensiblement changé à partir de 1987. Le Navarrais est passé par le cabinet du célèbre médecin Francesco Conconi et celui-ci a assuré aux chefs de l'équipe que Miguel avait l'étoffe d'un champion. Grâce au médecin italien, Indurain a commencé un entraînement spécifique pour maigrir et prendre de la masse musculaire et apprendre à mieux grimper en montagne bien sûr.

L'entraînement spécifique et ses qualités déjà présentes l'ont conduit à obtenir ses premières victoires en haute montagne et à asseoir les bases nécessaires pour, dans un futur proche, remporter le Tour de France.

Entre 1991 et 1995, Indurain gagne cinq Tours consécutifs : dans ce domaine seul Lance Amstrong le devance, avec ses sept victoires consécutives, mais ces dernières lui ont été retirées après sa condamnation pour dopage. Pendant ces cinq années, il a aussi gagné deux Giro, plusieurs classiques et beaucoup d'autres courses mineures : ce n'est pas étrange qu'on ait alors commencé à l'appeler "L'Extraterrestre".

Ces années ont certainement été les meilleures de sa carrière professionnelle et celles dont tout fan de cyclisme se souviendra pour les vaines tentatives de la concurrence de supplanter le coureur timide et tranquille de l'équipe Banesto. Mais elles ont aussi été les années pendant lesquelles l'équipe Banesto, puis Indurain lui-même, ont eu Sabino Padilla comme médecin.

Miguel Indurain a souffert pendant le Tour 1996. Il est rentré dans le rang et ç'a été le début de la fin pour l'Espagnol.

Le docteur Padilla est devenu l'ange gardien d'Indurain et s'est consacré presque exclusivement au contrôle de tout ce qui concernait la vie du Navarrais, sauf lorsqu'il était en train de pédaler. Padilla avait la réputation d'être un spécialiste en médecine du sport et avait appris dans les meilleures universités : les résultats de son protégé ont été spectaculaires.

Cependant, sa réputation n'a pas toujours été positive, et Padilla a commencé à être connu pour son flirt avec le grand fantasme du cyclisme professionnel : le dopage. Padilla expérimentait sans arrêt, à une époque où les lois sur le dopage étaient beaucoup plus laxistes qu'aujourd'hui. Chaque pays légiférait comme il le souhaitait ; pour le dire subtilement, l'Espagne ne se distinguait pas vraiment par son engagement en faveur de la lutte antidopage.

Indurain n'a été contrôlé positif qu'une seule fois, en 1994, mais il a été gracié parce que l'équipe a affirmé que la substance qu'on lui avait donnée – interdite en France mais légale pour l'UCI – servait à combattre l'asthme dont souffrait le cycliste depuis sa jeunesse.

Miguel Indurain lors de l'ultime contre-la-montre du Giro 1993, le deuxième consécutif qu'il a gagné. Image via Youtube

L'ombre du dopage n'a jamais quitté Indurain, bien qu'il semble y avoir un tabou sur le sujet : on entend à peine parler de son départ à la retraite très opportun. Le Navarrais a fait ses adieux lors de l'étape de Covadonga en 1996 : il ne voulait pas courir la Vuelta après avoir perdu le Tour et ça ne lui a pas plu qu'on l'y oblige. Il a annoncé qu'il prenait sa retraite en janvier 1997. Qu'il y ait un lien ou non, l'affaire Festina a éclaté peu après.

Miguel Indurain est le meilleur cycliste espagnol de tous les temps, et personne ne veut que sa carrière soit entachée par des affaires de dopage...mais, sans vouloir chercher la petite bête, il semble surprenant qu'il ait pris sa retraite juste avant que les analyses de sang ne deviennent systématiques et que toutes les législations ne soient unifiées. Mais on ne pourra jamais rien lui dire...et c'est pour ça qu'il reste un mythe.

Miguel Indurain était fort. D'ailleurs c'était le plus fort, mais il n'était pas le leader. Pendant le Tour de France de 1990, le chef de file de l'équipe Banesto était Pedro Delgado, qui n'avait clairement pas le niveau de son coéquipier navarrais. Un jeune coéquipier qui réclamait le passage de relais, mais qui s'est tu, comme un bon coéquipier, qui a attendu, pris son mal en patience, jusqu'à ce que Perico (surnom de Pedro Delgado), défait, accepte l'avènement de la nouvelle génération.

Lors de la onzième étape de ce Tour, au moment de monter l'Alpe d'Huez, Indurain s'est comporté en bon coéquipier et a attendu Delgado bien qu'il s'était échappé et qu'il avait les forces pour lutter pour la victoire. Au final, les deux ont perdu 12 minutes et 50 secondes.

Six jours plus tard, pendant l'étape où tout le monde attendait la contre-attaque de Delgado pour essayer de gagner la Grande Boucle, l'histoire a pris un tournant drastique. Le coureur espagnol vainqueur du Tour de 1988 s'est enfoncé dans le désespoir et n'a pas bataillé contre Greg LeMond et Claudio Chiappucci.

Cependant, des cendres de Delgado est né Indurain. "L'Extraterrestre", qui non seulement a gagné l'étape sans se lever de sa selle mais a également enfin obtenu de manière définitive la reconnaissance du monde du cyclisme.

Le chef de file, Delgado, a terminé le Tour en quatrième position et Indurain à la dixième place. 12 minutes et 47 secondes séparaient le Navarrais de l'Américain Greg LeMond, premier au classement. Au moment de l'étape de la montée à l'Alpe d'Huez, celle où Delgado s'est enfoncé, Indurain avait perdu 12 minutes et 50 secondes.

Mais le Navarrais ne s'est pas offusqué. À la fin de la saison, il a été nommé nouveau leader de l'équipe Banesto. L'année suivante commencera son périple de la boucle française dont il gagnera cinq éditions.

« Dans le Tour, nous somme 180 humains et un extraterrestre »

Gianni Bugno, cycliste italien humain

Pendant le Tour de France de 1992, le coureur italien Gianni Bugno a accepté le fait qu'il était impossible de gagner la compétition si Indurain participait. C'est la raison pour laquelle, et après avoir gagné un Giro d'Italie et deux Championnats du Monde, Bugno a changé sa façon de s'entraîner et ne s'est pas focalisé à arriver en juillet au top de sa forme.

Pour l'Italien, il ne valait pas la peine d'insister : L'Extraterrestre dominait la course du début à la fin et ne laissait personne s'interposer entre lui et la marche la plus haute du podium des Champs-Elysées. Plus tard, Lance Amstrong tombera d'accord avec Bugno lors d'une déclaration, désormais restée dans les annales, qui décrit parfaitement le ressenti des autres cyclistes professionnels à l'époque: « Indurain n'est pas humain . »