Anthony Dablé commence son parcours du combattant vers la NFL

Ancien joueur des Centaures de Grenoble et des Brunswick New Yorker Lions, le wide receiver français est arrivé à New York et va tenter de se faire une place dans le squad des Giants.

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févr. 23 2016, 4:35pm

La nouvelle a fait frémir tous ceux qui appellent soccer le football. Un Français, Anthony Dablé (1,95m, 99kg), a signé un contrat chez les New York Giants, la 3e équipe la plus titrée de l'histoire de la NFL. Vingt-quatre ans après la fin de l'aventure de Richard Tardits – le seul français à avoir évolué en NFL – voilà qu'un autre pourrait enfin jouer dans la cour des grands. Après une carrière en France aux Centaures de Grenoble et en Allemagne, où il a notamment remporté deux titres nationaux et un titre de champion d'Europe l'année dernière avec le club de Brunswick, les New Yorker Lions, Anthony Dablé fait donc un pas de plus vers son American Dream.

Mais avant de rêver de Superbowl, de grosses caisses et de soirées dans les boîtes les plus huppées de New York, le wide receiver de 27 ans doit convaincre ses coaches de le conserver dans l'effectif. Il va devoir affronter une cinquantaine d'autres joueurs présélectionnés durant près de 5 mois d'entraînement d'avant-saison. Bien plus dur que Koh-Lanta, mais pas de quoi effrayer Dablatron comme il se surnomme sur les réseaux sociaux.

VICE Sports : Félicitations ! Comment tu te sens depuis une semaine ?
Anthony Dablé : C'est bizarre en fait, je n'arrive pas encore à réaliser. Il y a beaucoup de monde qui m'écrit et j'essaie de parler aux gens proches de moi pour réaliser. Je parle beaucoup à ma mère. C'est elle que j'ai appelé en premier quand j'ai appris la nouvelle. Je lui ai dit que j'avais signé et ensuite elle a commencé à crier, elle était contente. C'était fort.

Comment tu t'es retrouvé à passer un test pour les Giants ?
Osi Umenyiora qui a joué 10 ans chez les Giants et y a gagné 2 SuperBowl a vu ma vidéo et il a cru en moi. Je l'ai rencontré une première fois, j'ai passé des tests à Londres (Il travaille pour la NFL en Europe et plus spécifiquement au Royaume-Uni, ndlr) qui se sont avérés concluants. Il m'a dit que j'allais partir 6 semaines en Floride pour m'entraîner. Entre temps, il a montré ma vidéo aux responsables des Giants et eux n'ont pas attendu que je termine ce stage d'entraînement, ils m'ont contacté directement pour me faire passer des tests. Je devais passer des tests pour sept autres équipes mais ils ont été les premiers à m'appeler et c'est pour ça que j'ai été là-bas. La vidéo c'est très important, mais ensuite il faut assurer quand tu vas les voir. Il faut pouvoir les impressionner en live.

A quoi tu pensais en te réveillant ce jour-là ? Tu croyais que t'avais une chance d'y arriver ?
Je contrôle ce que je peux contrôler. La décision leur revenait mais moi j'ai fait ce que je savais faire. Je ne me suis pas pris la tête, je savais en plus que j'avais d'autres tests donc j'y suis allé sans trop me poser de questions.

Raconte nous cette journée, qu'est ce qu'on vous fait faire lors de ces tests ?
On arrive, on nous mesure, on nous pèse. Ensuite, on nous envoie quelques ballons et ils voient comment on les rattrape. Puis on court une vingtaine de tracés (les courses des wide receivers au football américain, ndlr) pendant 15 minutes. Ensuite, on fait les tests médicaux pendant 4 heures. C'est en revenant de ces 4 heures qu'ils m'ont fait monter dans un bureau et ils m'ont dit qu'ils voulaient faire de moi un Giant.

C'est quoi le premier truc auquel tu penses à ce moment-là ?
En fait j'ai d'abord pensé à leur dire que j'avais d'autres tests. Le lendemain je devais aller à Seattle, le vendredi je devais aller à Kansas City et le lundi à Jacksonville. Mais eux m'ont fait comprendre qu'ils ne voulaient pas que je passe les autres tests. Alors ils m'ont demandé ce qu'ils pouvaient faire pour que je reste et que je signe. Je leur ai dit d'appeler Osi. Ils l'ont appelé, il m'a appelé, on a pas mal discuté et on a conclu que c'était une bonne décision de rester avec les Giants.

C'est quoi la suite maintenant pour toi ?
L'aventure avec les Giants commence le 11 avril. C'est le camp de rookies. J'y vais, j'apprends le playbook, les systèmes de jeux, j'échange avec les coaches. C'est un moment essentiel. Certains pros viennent aussi pour s'entraîner. Le camp de rookies dure jusqu'au 26 juin.

Ensuite au mois d'août, débute le camp d'entraînement de toute l'équipe. C'est réellement là qu'il faut faire ses preuves et se faire une place dans les 53 joueurs du squad. Ils prennent 90 joueurs en pré-camp mais n'en gardent que 53 pour la saison. Donc pour l'instant je n'ai aucune garantie. Ici, ils peuvent te couper à tout moment (mettre fin au contrat, ndlr). Je contrôle ce que je peux contrôler : mon implication, ma performance, ma connaissance du playbook, mon respect des coaches. Après la décision est entre leurs mains.

Qu'est ce que tu fais de tes journées ?
Je me lève, je mange, j'arrive à 7 heures du matin au centre d'entraînement (il s'entraîne en ce moment en Floride à Boca Raton, ndlr). J'attrape des ballons, je fais des courses, je déjeune, je me repose, j'attrape des ballons, je fais de la musculation, je vais courir des tracés et vers 18 heures j'ai fini. Il y a les jeunes prometteurs qui jouent à la fac qui s'entraînent pour passer des tests, il y a des joueurs de NFL qui viennent aussi. On trouve de tout. Ils te réapprennent à courir ici. Il y a des joueurs NFL qui t'apprennent à courir des tracés, à bloquer, à t'adapter au jeu d'ici. Je fais aussi de l'acupuncture, des massages, de la récupération.

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La NFL ca représente quoi pour toi ?
La NFL pour moi c'est un rêve. Mais ce n'est que le début. Les Giants croient en moi et moi je dois leur prouver qu'ils ont raison de croire en moi, leur prouver que je mérite ma place dans les 53.

Quand on pense à toi, on a forcément un nom qui nous vient en tête : Richard Tardits, Français qui a joué deux ans comme linebacker pour les New England Patriots.
On n'a pas le même parcours, mais ce qu'il a fait en NFL c'est énorme, c'est un exploit. Donc forcément j'ai envie de faire la même chose que lui, c'est le rêve. Il faut croire en soi. Mais ça suffit pas. Il faut être deux pour que les rêves se réalisent. Moi je n'ai jamais arrêté de croire en moi, et puis il y a eu une autre personne qui a eu envie de croire en moi - Osi Umenyiora - et c'est pour ça que c'est arrivé.

Comment t'as commencé le foot us ?
J'ai fait connaissance avec ce sport grâce à un jeu vidéo. Puis quelques années après, alors que je jouais pas mal à la console et que je regardais le Super Bowl, j'ai appris qu'il y avait un club dans ma ville et j'ai commencé à jouer à l'âge de 19 ans.

Dix-neuf ans c'est vachement tard pour commencer un sport. Sans parler de devenir pro. Quand on sait que les américains s'entraînent depuis qu'ils ont 5 ou 6 ans, c'est monstrueux ce que tu as réalisé. Parfois tu te dis que si tu avais commencé plus tôt t'aurais réellement pu percer en NFL ?
Non je peux pas contrôler ça, ça ne sert à rien d'y penser. "Si j'étais né aux USA", "Si mon père était ancien joueur"... En vrai on ne peut jamais savoir ce qui ce serait passé dans la vie. Donc je ne veux pas y penser et me dire que ça aurait pu être autrement. Je suis qui je suis, je viens de Grenoble et ça m'arrive maintenant.

D'ailleurs, tu as vécu pas mal de choses avec ton club de Grenoble, c'était une belle période ?
J'ai joué là-bas de 2007 à 2012. J'en garde les meilleurs souvenirs de ma vie. On avait une super génération de joueurs en 2011. On est monté en première division cette année-là, puis on est allé en finale l'année suivante. Franchement c'était dingue. Ce sont les meilleures années de ma vie. C'est comme ça que tout a commencé.

Après les Centaures de Grenoble, je suis allé au Canada, mais en raison d'un souci de réglementation je n'ai pas pu jouer. Donc, après plusieurs mois là-bas, j'ai décidé que j'allais revenir en Europe et je suis allé en Allemagne où j'ai gagné 2 titres de champion national et un titre de champion d'Europe.

Moi ce ne sont pas les victoires qui m'intéressent, c'est le parcours. Et j'aime notre parcours quand on est parti de D2 et qu'on est allé en finale avec Grenoble. Comme j'ai aimé notre parcours avec les Allemands, les blessures, les entraînements, les victoires et puis arriver à gagner le championnat c'est la consécration. C'est le parcours que j'apprécie.

Pour finir, un mot sur l'équipe de France qui a fini à la 4e place lors de la dernière Coupe du monde. Qu'est ce qui lui manque pour passer un palier ?

On doit être plus fiables, plus réguliers, être plus professionnels, c'est-à-dire faire moins d'erreurs. On court tous à la même vitesse, on a quasiment le même niveau, ce qui fait la différence, ce sont les détails. C'est en leur accordant de l'importance qu'on devient pro.