Muay thaï : la légende de Dieselnoi, le roi du coup de genou

A son époque, Dieselnoi était l'un des combattants les plus craints, grâce à une arme de destruction massive restée légendaire.

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mars 13 2017, 8:55am

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Quand je donne un coup de genou, qu'il se destine aux côtes d'un adversaire ou au revêtement rêche du sac de frappe, la même pensée m'habite. Je suis plongé des années en arrière, à l'époque durant laquelle Dieselnoi a forgé sa légende avec ce coup si particulier, propre au muay thaï.

En son temps, le public le disait capable de tout transpercer d'un seul coup de genou. Même le ciel. Dieselnoi Chor Thanasukarn était, et est resté dans les mémoires, comme la référence absolue des muay khao (combattants spécialistes du genou). Né dans la province thaïlandaise d'Ayutthaya en 1961, Dieselnoi, "le petit engin", est passé pro dès ses 15 ans. A partir de là, il a gagné sa vie à coups de poings et surtout de genoux. Pour son premier combat, il a gagné 50 bahts, soit 1,34 euros.

Après s'être fait un nom et avoir gravi une à une les marches de la hiérarchie des combattants locaux, Dieselnoi est devenu champion poids plume de Lumpini en 1981, terrassant Koapong Sittichuchai lors du combat pour le titre. Les deux hommes s'étaient déjà affrontés par deux fois, et restaient sur un KO partout. En 1982, il a ensuite rencontré Samart Payakaroon, le Mohamed Ali de la boxe thaï, lors d'un des matches les plus légendaires des années 80. Après un superbe combat, Dieselnoi l'a emporté, en multipliant les coups de genoux bien sûr.

Après cette performance, plus personne n'a voulu se mesurer à Dieselnoi. Entre 1982 et 1984, il inspirait crainte et respect à tous les combattants poids plume. En rossant Sakad Petchyindee en juin 1984, à coups de genoux toujours, il a dégoûté ses rivaux locaux. Dieselnoi a donc regardé à l'international pour trouver un audacieux capable de l'affronter. Il s'agissait du Japonais Shogu Shimazo. Derrière, ça a été au tour du Canadien Peter Cunningham et de l'Américain John Moncayo de tenter leur chance. Mais aucun d'entre eux n'est parvenu à prendre le dessus sur Dieselnoi, qui les a pliés avec ses knee kicks. Cette fois-ci, il n'a vraiment plus trouvé personne pour tâter de son coup de genou. Résultat, il a pris sa retraite à 25 ans, avec un bilan impressionnant de 122 combats, pour 110 victoires (40 par KO), 10 défaites et 2 nuls.

Le coup de genou de Dieselnoi, légende du muay thaï née à l'âge d'or de la discipline, a fait de lui un assassin des rings, doté d'une arme de destruction massive dont personne ne réchappait. Malgré sa taille bien au-dessus de la moyenne pour sa catégorie d'âge, Dieselnoi a incarné la quintessence du muay thaï. Sec comme un coup de trique. Modeste. Poli. Discret. Le genre de grand échalas qui traumatise les muscles de ses adversaires tout le match à coups de rotules en béton.

C'était au siècle dernier, il y a un bout de temps déjà, à une époque dont on ne garde en guise de souvenirs que quelques vidéos fatiguées, prises depuis les bords des rings. Fort heureusement, la plupart de ces archives d'un autre temps sont disponibles sur Youtube, et permettent aux nouveaux passionnés de muay thaï d'apprendre de leurs glorieux aînés. Après avoir regardé quelques-uns des exploits de Dieselnoi en vidéo, une seule conclusion s'impose à tous les aficionados de la discipline : se mettre à travailler son coup de genou. Oser boxer avec ce coup fatal, comme Dieselnoi le faisait au bon vieux temps. Pour ce faire, il faut les travailler comme un danseur de French cancan et, ainsi, aspirer au titre de nak muay (boxeur thaï). C'est ce genre de coup qui fait du muay thaï un art martial à part. Je n'ai donc qu'un conseil à vous donner : plongez-vous dans ces vidéos au grain usé, et imprégnez-vous des coups de Dieselnoi. Cela ajoutera un peu de variété à votre palette de coups et beaucoup de piquant à vos combats, que vous pratiquiez le muay thaï ou le MMA.

Ces conseils donnés, l'heure est venue de se demander où est passé Dieselnoi aujourd'hui. Que fait-il de sa retraite ? Âgé de 54 ans, il est divorcé, père de trois enfants, et entraîne de temps en temps de jeunes combattants prometteurs, venus du monde entier pour puiser dans sa science.

Dieselnoi est également un bouddhiste convaincu, qui, plus jeune, s'était invité dans un monastère, car il aspirait à devenir moine : « C'est une très belle expérience dans une vie », jugeait-il à l'époque. Dieselnoi aime la simplicité et ne regrette rien des chamailleries puériles qui entourent souvent les combats. Malgré la quantité impressionnante de combats de muay thaï qui se déroulent désormais, il regrette, comme Samart, une baisse progressive du niveau des combattants dans la discipline. « Aujourd'hui, pour moi, disait-il récemment, il n'y a plus de combattants aussi impressionnants que par le passé. Ce n'est plus la même chose. Cela a changé à cause des promoteurs en premier lieu. »

Son côté "c'était mieux avant" se justifie quand on voit ce que les promoteurs font parfois de la vénérable discipline qu'est le muay thaï. D'autant plus qu'incontestablement, les combattants spécialistes des coups de genoux étaient meilleurs par le passé. "L'âge d'or de du muay thaï" était effectivement de meilleure qualité comparé à la boxe thaï actuelle, mais n'oublions jamais que le présent est toujours le meilleur des moments. Alors je vais vous laisser, et partir à la salle m'entraîner aux coups de genoux.