Rétro : Miki Dora, surfeur d'exception et escroc notoire

"Da Cat" est un marginal, un super surfeur mais aussi un expert en larcins.

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10 décembre 2015, 1:40pm

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Si un jour vous avez l'occasion de vous rendre sur des spots de surf français, de la Pointe de la Torche en Bretagne, jusqu'à la Côte Atlantique, arrêtez-vous et demandez aux surfeurs s'ils connaissent Miki Dora. Aussi bien les plus âgés que les kids, tous vous répondront par l'affirmative, avec le sourire et un regard admiratif.

Miki Dora est un des surfeurs les plus connus. Il alimente les fantasmes et symbolise une certaine image de la culture surf. Une allure sur la planche, un style et un mode de vie, marginal et souvent irrespectueux des institutions. David Rensin, auteur d'une biographie sur le surfeur, a parfaitement résumé le personnage disant qu'il « croyait que rien dans la vie ne valait plus qu'une totale liberté personnelle, qu'importe ce que ça pouvait lui coûter, et souvent aux autres ». Une totale liberté, sans contrainte, voilà ce qui fait rêver les surfeurs d'aujourd'hui.

Miklos Sandor Dora naît en 1934 en Hongrie, à Budapest. Ses parents partent très vite pour les États-Unis et la côte Ouest. C'est là-bas qu'il apprend à monter sur une planche, dans des conditions idéales, aux côtés de son beau-père Gard Chapin, également champion de surf. Dans les années 1940, les plages de Californie sont encore vierges de béton et de touristes. Miki Dora s'envoie des petites lignes longues et harmonieuses. Très vite, il se distingue par son style félin, gracieux et sensuel qui lui vaut le surnom de « Da Cat ». Son talent est bluffant, il incarne le surfeur parfait. Il fait la couverture de nombreux magazines et prête son image pour des films qui rendent célèbres ces plages de la côte Ouest, attirant des hordes de touristes voulant s'essayer au surf. Miki Dora n'apprécie pas cette surpopulation, le fait savoir et décide de quitter les Etats-Unis.

« Les meilleures années sont derrière. J'ai mes souvenirs et voilà. Je les garde pour moi-même. Je ne veux pas les partager avec une bande d'idiots. Malibu représente l'été mais l'été est ruiné. Maintenant on doit partager ses vacances d'été avec tout le monde, et je déteste partager mon temps avec des ploucs ».

Le mythe Dora réside aussi dans son refus de devenir surfeur professionnel et de vivre sa passion à la roots. Il serait certainement devenu un grand champion, amassant les titres et les millions, mais ça ne collait pas avec sa conception du surf. « Le professionnalisme sera complètement destructeur. Les organisateurs lanceront les épreuves et empocheront les profits, pendant que les coureurs de vagues feront tout le boulot et ne recevront que très peu. Dans la mesure où l'alliance entre le surf et les intérêts du big-business décadent n'est qu'un dernier pas avant l'effondrement fiscal, un tel partenariat ne servira qu'à accélérer la disparition de cet art. Un surfeur devrait y réfléchir à deux fois avant de se vendre à ces "gens" dans la mesure où il signe là son arrêt de mort en tant qu'entité personnelle ».

Miki Dora décide de fuir le surf business et, pendant le reste de sa vie, il traîne sa planche aux quatre coins du globe à la recherche de spots inconnus : Hawaï, où il découvre et se perfectionne dans le gros surf, l'Espagne, le Maroc, l'Egypte, la Grèce, la Turquie, le Liban, l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. « J'ai passé 10 ans de ma vie à parcourir le monde à la recherche d'une belle vague que je pourrai surfer tout seul », a-t-il déclaré peu avant sa mort.

Et puis il y a la Côté basque, qu'il découvre pour la première fois en 1969. À l'époque, pas ou peu d'Américains là-bas, seulement quelques pionniers du surf français. C'est un coup de foudre qui lui permet de fuir ses ennuis judiciaires, lui procurant plaisir et tranquillité pour assouvir sa soif de vagues. « C'est normal qu'il ait adoré notre région, selon Robert Rabagny, Biarrot, surfeur et collectionneur de planches. Tu mets ton nez dehors, tu vois le Pays basque, les vagues, les montagnes, tu n'as pas envie de te barrer. Dora était un marginal, un escroc mais un très bon surfeur qui adorait le coin ». Dans le Sud de la France, Miki lie de belles amitiés. Ses voyages l'ont mené loin mais il reviendra toujours auprès de Guéthary, de Bidart et de Biarritz et ne les quittera que quelques jours avant sa mort en janvier 2002.

"Da Cat" ne laisse personne indifférent. Celles et ceux qui l'ont rencontré aiment ou détestent ce personnage ambivalent : un surfeur de génie, intelligent, amical, mais aussi une belle gueule arrogante et un magouilleur de première qui voulait beaucoup de choses sans se fatiguer et, surtout, sans dépenser d'argent. « C'est un mec étonnant et un sacré connard, nous a expliqué Alain Gardinier, journaliste, écrivain, réalisateur, auteur du livre Miki Dora, de Malibu à la Côte basque, et ami du surfeur. Ça le faisait chier de bosser, il a passé sa vie à glander et ça s'est plutôt bien passé pour lui ».

Mais pour surfer les plus beaux spots du monde, il faut de l'argent et notre homme ne travaille pas. La vie de Miki Dora est en effet teintée d'escroqueries en tout genre et, par moments, ses voyages sont en réalité des fuites pour échapper au FBI : chèques en bois, fausses cartes de crédit, faux papiers, et plein d'autres petits larcins. Il fera d'ailleurs quelques séjours derrière les barreaux en France et aux Etats-Unis, mais les charges pesant contre lui ont vite été abandonnées en raison de leur ancienneté. C'était sa conception de la vie d'un surfeur, qui pouvait parfois lui attirer des inimitiés, mais son sourire séducteur et sa gouaille arrangeaient souvent les situations embarrassantes dans lesquelles il se trouvait.

Il est aujourd'hui difficile de dire si Miki Dora incarne l'idéal de vie des surfeurs, sans contrainte, à la recherche de la vague idéale., sans se poser de questions matérielles. Il est juste un personnage en marge, fascinant, énervant, attendrissant. « C'était juste un homme avec ses forces, ses faiblesses qui a eu une vie insensée », résume Alain Gardinier.

Toutes les citations de Miki Dora sont tirées du livre d'Alain Gardinier, "Miki Dora, de Malibu à la Côte basque", Ed. Atlantica, 2013.