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Interview

JO : les riders en skate de sens

Paris 2024 aura bien lieu et le skate vivra dans la capitale française sa deuxième olympiade. On en a profité pour demander à deux skateurs français ce qu’ils pensaient de l’entrée de leur sport au programme des JO.

Photo via Flickr

VICTOR PELLEGRIN, skater militant

«C'est la pire chose qui puisse arriver au skateboard»

VICE Sports : Le skate aux Jeux olympiques, ça t'inspire quoi ?
Victor Pellerin : Je te préviens je suis un peu radical. Mais genre vraiment radical. Je trouve que c'est la pire chose qui puisse arriver au skateboard. Le skate, c'est la liberté. Alors accepter de pratiquer dans un skatepark, c'est mort, c'est la fin. Parler du skate comme d'un sport aussi, c'est débile. Ce n'est pas un sport, comme on n'est pas des athlètes. Je ne fais pas du skate pour être riche et célèbre mais pour faire le con et m'amuser. Et puis qui peut me juger sur un run de 45 secondes alors que j'ai dédié ma vie entière au skate ? On n'en a rien à foutre d'aller dans un stadium de merde avec des anneaux sur le dos. Tu nous vois débarquer la main sur le cœur en chantant la Marseillaise ? On perd le core du skate et maintenant on est entourés de Jean-Michel qui poussent de la fonte pour faire du skate. Il ne faut pas oublier qu'on fait ça pour s'amuser, pas pour faire du fric.

Victor Pellegrin, 25 ans, Drômois exilé à Hossegor, militant de la planche à roulettes. Photo via capture d'écran.

Tu ressens le changement d'état d'esprit dans le skate depuis longtemps ?
Le skate est mort en 2007. Depuis, toutes les vidéos puent. Le skate est déjà hyper lié avec la mode, j'en peux plus de voir des mecs se trémousser avec leurs fringues sur Insta. Et maintenant on voudrait nous marier avec le sport business? Ça fait bien dix ans que ça part en couilles, ça a démarré avec Nike Skateboarding (Nike SB, ndlr), toutes ces marques. Ensuite il y a eu cette merde de street league (Street League Skateboarding, un compétition internationale où s'affrontent 25 skateurs, ndlr) qui a attiré une armée de compet boyz.

«Même Justin Bieber fait du skate, c'est abusé»

Après je ne peux pas rager complètement contre eux, ils ont un niveau incroyable, mais j'ai pas envie d'être associés à eux. Et c'est ce qu'il va se passer quand le public des JO va regarder du skate. Faut se rendre compte du chemin qu'a parcouru la discipline quand même, même Justin Bieber fait du skate maintenant, c'est abusé ! Les mecs portent du Thrasher, ils ne savent même pas ce que ça veut dire, l'histoire du magazine, tout ça.

Comment vois-tu l'avenir de ton sport 2024 ?
Les mecs qui font de la compétition sont en train de tout bouffer. Je suis très pessimiste pour l'avenir, parce qu'on ne peut rien faire contre ça. Les gens comme nous, on continue à faire notre truc de notre côté, les autres ont qu'à aller se faire foutre. Il faut se rappeler que le skate est né dans la rue et qu'il doit rester dans la rue.


VINCENT MILOU, le street dans la peau

« Il y a 10 ans, on était vu comme des junkies »

VICE Sports : Vincent, le skate aux jeux olympiques, tu en penses quoi ?
Vincent Milou : En soi, je suis pour le skate aux Jeux olympiques. Mais il ne faut pas oublier ce qu'est le skate : c'est bon enfant, on s'amuse sur notre planche, mais on ne sera jamais dans une ambiance de compétition comme c'est le cas dans d'autres sports. On ne fera jamais de sale coup à un autre skateur, on fait nos contests dans une bonne ambiance et les JO resteront un contest comme un autre. Ça doit quand même être une expérience de folie d'aller aux Jeux, de voir comment ça se passe. C'est un truc à faire.

Vincent, 20 ans, skateur landais habitant à Saint-Martin, a traîné sa planche au CPH de Copenhague, à la World Cup et à la Street. Photo via Facebook.

Tu ressens le changement d'état d'esprit dans le skate depuis longtemps ?
Il y a 10 ans, tout le monde s'en foutait des skateurs, on était vu comme des junkies. Aujourd'hui c'est bien différent, mais ce qui est dommage c'est qu'il y a des gens qui sont dans le skate seulement pour faire du business alors qu'ils n'ont rien à y faire. C'est moche. Mais ce qui est cool c'est qu'on voit que les mairies investissent davantage. Moi je viens de Saint-Martin, un tout petit bled et il y a un super skatepark, ça montre que les mentalités ont changé. On peut également avoir des aides des certaines marques qui collent à notre esprit et c'est cool Il ne faut pas oublier que la plupart des skateurs galèrent pour vivre de leur passion.

Comment tu vois l'avenir de ton sport en 2024 ?
Il faut faire attention à ne pas déformer le skate et changer ce qu'il est. Les jeunes ne doivent pas se mettre au skate pour faire les Jeux olympiques ou des compétitions. A la base, le skate est fait pour s'amuser entre potes.