Et Jules Rimet créa le Red Star

Créateur de la Coupe du monde, Jules Rimet, catholique marqué par la doctrine sociale de l'Eglise, est également le père d'un des clubs les plus historiques du foot français : le Red Star.

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sept. 5 2017, 8:11am

Illustration François Dettwiller

VICE et le Red Star se sont associés pour suivre la saison des Vert et Blanc de Saint-Ouen sur et hors des terrains, auprès des joueurs, du staff, des supporters et de tous ceux qui gravitent autour de ce club historique du foot français qui joue en National, la troisième division française.

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Le 4 août 2017, le ciel est maussade et n'a rien à voir avec le temps estival attendu, mais 2 072 personnes sont au Stade de Paris, plus communément connu sous le nom de Stade Bauer, pour voir le match nul et vierge entre le Red Star Football Club et Pau pour le compte de la première journée de National. Les supporters y crient leur amour pour le club de Saint-Ouen et son étoile rouge. Un club plus que centenaire, dont l'histoire est aussi glorieuse que méconnue du grand public. Son père fondateur ? Ni plus ni moins que Jules Rimet, également créateur de la Coupe du monde. Voici son histoire.

Lorsqu'ils passent à l'angle de la rue Grenelle et de l'avenue Bourdonnais, les marcheurs, badauds, ou chalands, ne croisent qu'un institut de beauté et un restaurant plutôt quelconque. C'est pourtant bien ici, dans le VIIe arrondissement de Paris, que s'est créé un des clubs mythiques du football français. C'était en 1897. A l'époque, le café du traiteur-marchand de vin Villiermet borde le coin de ces deux artères de la capitale, juste à côté du Champ-de-Mars et de la Tour Eiffel. Le 21 février de la même année, un groupe de jeunes s'attable et, parmi eux, un Franc-Comtois de 23 ans : Jules Rimet. De cette réunion naît le Red Star, à la fin du XIXe siècle donc.

Jules Rimet est l'aîné d'une famille de cinq enfants, fils et petit-fils d'agriculteurs. Sa famille a subi la crise agricole de 1880 liée à la Grande Dépression, crise économique mondiale qui touche les nations européennes entre 1873 et 1896. Son père doit se séparer de son moulin à blé en Franche-Comté et part avec sa mère dans la capitale chercher du travail. C'est en 1885 que le jeune Jules les rejoint. Il découvre alors le football dans les rues parisiennes et sur l'esplanade des Invalides mais pratique surtout la boxe française, ainsi que l'escrime ou l'athlétisme.

Jules Rimet, fervent partisan d'une politique sociale par le sport, tient à ce que le Red Star soit ouvert aux jeunes issus des familles pauvres

Jules Rimet se politise vers la vingtaine, devient membre du Cercle catholique d'ouvriers du Gros-Caillou, un quartier du VIIe arrondissement, et obtient son diplôme d'avocat. L'idée de monter un club de sports lui vient des ambitions politiques qu'il partage avec son beau-frère Jean de Piessac et Georges Delavenne, un ami. Les trois hommes veulent progresser politiquement dans l'arrondissement mais le club du Gros-Caillou Sportif capte déjà de nombreuses voix électorales.

Le futur fondateur de la Coupe du monde souhaite « réconcilier, dans un esprit profondément chrétien, les différentes classes sociales, et soulager les infortunes morales et physiques des plus pauvres », via son club sportif, explique son biographe, Jean-Yves Guillain.

Pour cela, lui et ses deux comparses sont convaincus de monter un club omnisports par l'entremise de deux personnes. Charles de Saint-Cyr – un poète sportif qui courait dans les allées du bois de Boulogne avec un maillot du Racing Club de France sur le dos – et Ernest Weber, père de Jean Weber, footballeur au Club Français. Tous se retrouvent à la table du café pour créer leur propre club. Le lieu n'est pourtant pas anodin. Au début du XXe siècle, le troquet ou la brasserie sont les sièges sociaux de 93 associations sur 140.

Photo via Wikipédia.

En plus des trois, il y a Modeste Rimet, frère de. Ils veulent que leur club représente tous les sports d'époque : athlétisme, cyclisme, lutte, l'escrime et enfin le ballon rond. Jules Rimet, fervent partisan d'une politique sociale par le sport, tient à ce que le Red Star soit ouvert aux jeunes issus des familles pauvres.

L'affaire est entendue et Jean de Piessac devient le président du club, mais sera remplacé quelques mois plus tard par Jules Rimet. Le mariage du premier ne lui laisse que peu de temps pour s'occuper de son club. Ne reste que le nom. Là, les versions s'écartent. Pour certains, le nom est celui de la compagnie maritime qui raccompagnait la gouvernante anglaise d'un des membres du club en Angleterre lors de ses vacances. Cette Miss Jenny en question se serait écriée de sa voix aux accents britanniques « Le Red Star ! », et aurait ainsi inspiré le nom du club.

Lucien Gamblin, le capitaine emblématique du club qui y a joué de 1907 à 1923, propose une toute autre version, aussi folklorique que la première néanmoins. Ce serait en hommage à l'étoile rouge du shérif William Cody, alias Buffalo Bill, qui avait un cirque installé à l'époque au Champ-de-Mars, premier terrain des joueurs, que le Red Star aurait pris ce nom.

Dans un cas comme dans l'autre, l'appellation n'a donc aucun rapport avec le communisme, malgré son futur ancrage populaire. Miss Jenny a pourtant eu une légende noire. La domestique british aurait été à Londres la secrétaire de Karl Marx ! Foutaises clame Guillaume Hanoteau dans son ouvrage Red Star : mémoires d'un club légendaire.

S'il y avait bien un but politique à la raison d'être du Red Star, il s'arrêtera assez vite. Le 12 mars, Jules et Modeste Rimet déposent officiellement les statuts du Red Star Club auprès de l'Union des Sociétés Françaises de Sport Athlétique (USFSA), et sa section football rejoint le championnat de Paris de troisième série. Paris va commencer à s'habituer à ces sportifs endimanchés qui courent en marine et blanc. Eh oui ! Le Red Star n'arborera le vert et blanc qu'en 1926 après une fusion avec l'Olympique de Paris.

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L'étoile rouge est née. Mais elle est loin d'être pérennisée. Pour profiter pleinement de sa création, un club doit vivre par la suite. Sur les toiles de coton moleskine du café, Jules Rimet et Modeste « découvrent combien il est malaisé d'administrer une société sportive sans argent », raconte Guillaume Hanoteau. Ils doivent établir les épreuves, envoyer les convocations aux joueurs et compétiteurs, sans oublier de recueillir les cotisations. Le travail continue jusqu'à l'aube. La journée, le grand frère fait le tour des rédactions « afin de mendier une ligne consacrée à son Red Star. Il fait des conférences où il exalte le sport, et plus particulièrement le sport pratiqué au Red Star ».

Il faudra attendre un an avant que cette dédication ne porte ses fruits. En 1898, l'Union pédestre de la rive gauche abandonne ses effectifs au Red Star après ce lobbying efficace. Première fusion ! Et loin d'être la dernière… Désormais, plus de 100 adhérents parsèment sur les listes du club, « chiffre énorme pour l'époque ». Le cyclisme et l'athlétisme sont les sports roi de l'étoile rouge. Mais c'est le football qui va lui offrir la célébrité au fil des ans.

« Travailler le corps et éveiller l'esprit », disait souvent Jules Rimet et, aujourd'hui, le Red Star fait perdurer cette devise via le Red Star Lab, qui permet à ses jeunes étoiles de participer à des projets socio-culturels.

Illustration François Dettwiller.