Le jour où le Crazy Gang de Wimbledon a braqué la Coupe d'Angleterre

Alors que la finale de la Cup oppose Manchester United à Crystal Palace, samedi, le club de Wimbledon a réalisé l'exploit de remporter le trophée en 1988, grâce à des joueurs complètement dingues.

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mai 19 2016, 1:25pm

Tous les jeudis, VICE Sports revient sur un événement dans l'Histoire du sport qui s'est déroulé à la même période de l'année. C'est Throwback Thursday, ou #TBT pour vous les jeunes qui nous lisez.

Enfermés dans les murs du Cannizzaro's, hôtel cossu de l'ouest londonien, les joueurs du Wimbledon FC tournent en rond. Dans quelques heures, ils affrontent Liverpool en finale de Cup 1988. « Je sentais mes joueurs angoissés, confiait Bobby Gould au Guardian. Je leur ai donné la permission d'aller au pub. »

Au lendemain d'une bringue monumentale, les joueurs se retrouvent au petit-déjeuner. « On voyait à la télé des supporters de Liverpool qui nous chambraient, a raconté Dennis Wise, joueur de Wimbledon, à BBC Sport. On s'est dit ok, on va leur faire vivre l'enfer. »

Deux heures avant le coup d'envoi, le Crazy Gang commence son entreprise d'intimidation. Il frappe sur les murs des vestiaires de leurs adversaires, insultant les joueurs et l'encadrement des Reds. Alors que les joueurs de Liverpool s'impatientent pour pénétrer sur la pelouse, les Dons, surnom des joueurs de Wimbledon, vocifèrent et hurlent dans leur vestiaire. « Nous sommes sortis vers le tunnel en criant comme des cowboys "Yihou, Yihou", a précisé à la BBC Lawrie Sanchez, unique buteur de la finale. Nous nous attendions à une réponse, mais les joueurs de Liverpool ont baissé la tête. » Certains racontent même que Vinnie Jones se serait approché de Kenny Dalglish en le menaçant de lui « arracher l'oreille. »

Le Crazy Gang est seul contre tous. L'Angleterre admire le grand Liverpool autant qu'elle déteste cette bande de mauvais garçons irrespectueux. Le Petit Poucet de la coupe pour lequel on se prend d'affection s'est transformé en caïd. Et comme la morale n'existe pas en football, le kick and rush de Wimbledon triomphe ce jour-là (1-0).

Dave Beasant, capitaine de Wimbledon soulève la Cup. Photo Reuters.

Mais l'artisan de ce succès n'est pas présent à Wembley lorsque Lady Diana remet la coupe à David Beasant, capitaine des Dons. Dave Bassett est parti un an plus tôt pour Watford. C'est lui qui a génialement théorisé la philosophie du Crazy Gang. Il savait que le club ne pouvait pas attirer les grands joueurs des années 1980. Alors, il a développé un programme singulier, basé sur la violence et l'agressivité, persuadé que ce bordel continu contribuerait à la cohésion de son groupe. Dave Bassett tenait à cette violence, sur le terrain comme à la ville. Il encourageait ses joueurs à se battre à la moindre occasion, même à l'entraînement. A la fin de chaque séance, il organisait une partie de "Harry's Ball", jeu simpliste et virulent qu'il décrit dans l'ouvrage The Crazy Gang. « Un joueur de l'équipe devait dribbler ses coéquipiers. La règle c'était qu'il n'y en avait pas. Ça occasionnait souvent des accrochages. »

Un management brutal et sauvage cautionné par Sam Hammam, propriétaire du club. Pas fan de foot, cet homme d'affaires libanais avait choisi Wimbledon pour... son tournoi de tennis. Mais le quartier sent bon la livre sterling, ce qui ne déplaît pas à Madame. A son arrivée, Hammam soulève quelques interrogations. « On nous avait dit qu'il voulait faire un club de nouveau riche », témoignait David Beasant quelques années plus tard à FourFourTwo.

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Le doute est vite levé. Le nouveau président parade avec un éléphant lors d'un match à Selhurst Park. Passion des animaux toujours, il promet un chameau à Dean Holdsworth s'il parvient à scorer 20 buts en une saison. Ce que l'attaquant anglais ne parviendra jamais à faire. En 1991, Robbie Earle alors attaquant de Port Vale, refuse de signer pour Wimbledon. Hammam l'enferme dans un vestiaire. Il le libère, une fois qu'Earle accepte de rejoindre les Dons.

Pour le recrutement, le président donne carte blanche à son coach. Bassett fait venir les footballeurs les plus cinglés du Royaume : John Fashanu (surnommé "Fash The Bash", le cogneur), Dennis Wise, Vinnie Jones... « Quand tu construis une équipe, tu cherches des bons joueurs, pas des types pour marier ta fille », avançait-il lors du recrutement de Vinnie Jones à l'été 1986. Vinnie Jones, leader du Gang a été, à sa façon, le héros de la finale 1988. « J'ai descendu Steve McMahon très tôt dans le match, nous avons marqué et nous avons remporté la Cup », a-t-il expliqué à BBC Sport.

La frasque la plus célèbre de celui qui joue le rôle de Bullet Tooth Tony dans le film Snatch se déroule en février 1988. Wimbledon reçoit Newcastle. Vinnie Jones est au marquage de Paul Gascoigne, nouvelle pépite du football anglais. Le Gallois marque son territoire et agrippe les testicules de Gascoigne, agression passée à la postérité, grâce au bon réflexe d'un photographe. La suite c'est Gazza qui la raconte. « Il s'est approché de moi pour me dire : je m'appelle Vinnie Jones, je suis un gitan, je gagne beaucoup de fric et je vais t'arracher l'oreille puis tout recracher dans l'herbe. Tu es seul mon gros, tout seul avec moi ». Mais le milieu des Dons ne s'arrête pas là. « Un moment il m'a même craché au visage et m'a balancé : je vais juste tirer un corner, ne t'inquiète pas, je reviens mon gros. »

Vinnie Jones se présente au jeune et talentueux Paul Gascoigne.

Mais la mentalité sans limite des Dons va causer leur perte. Dans les vestiaires, après la finale, Sam Hammam décide de mettre en vente toute son équipe. Les membres du Crazy Gang s'éparpillent : Beasant part pour Newcastle, Wise est vendu à Chelsea. Même Vinnie Jones s'exile à Leeds.

Avec l'avènement de la Premier League, le club s'étouffe lentement. Il est relégué en Championship en 2000 et vendu l'année suivante. Le Wimbledon FC disparaît définitivement lors de sa délocalisation à Milton Keynes en 2004, à 90 bornes de Londres. Loin, très loin de l'esprit du Crazy Gang.