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La révolution électrique pourrait servir à aller plus vite

Dans le futur, les moteurs thermiques pourraient être supplantés par les moteurs électriques. Avec un objectif inchangé : proposer des voitures toujours plus rapides.

VICE Sports

Cet article fait partie du programme e-Generation, réalisé en partenariat avec Renault.

Comment gagne-t-on une course automobile ? Réfléchissez-y deux secondes. On pense que le sport automobile est complexe, mais il est en réalité assez simple.

Dans une course de vitesse, comme la Formule 1 ou la Formula E, vous devez aller d'un point A à un point B plus rapidement que les autres. Dans une course d'endurance, comme les championnats du monde d'endurance (avec les 24 heures du Mans en point d'orgue) vous devez aller du point A au point B plus de fois que les autres dans la limite du temps imparti. Vous voyez, c'est assez clair. Le diable se trouve dans les détails et dans le fait d'arriver à remplir ces objectifs.

Les pilotes jouent leurs partitions, mais tout ne repose pas sur eux. Bien sûr, ce sont des rock stars du sport automobile, mais aussi talentueux qu'ils soient, ils ne peuvent pas faire aller une voiture plus vite que sa vitesse maximum. Les seules personnes qui peuvent améliorer les performances d'une voiture et faire qu'elle aille encore plus vite sont les ingénieurs qui effectuent des réglages sur les traditionnels moteurs thermiques. Grâce à eux, les voitures de course ont évolué d'une manière hallucinante.

Il y a 80 ans, la voiture la plus rapide de Grande-Bretagne était la Napier-Railton. Commandée par le pilote John Cobb, elle a été mise au point par Reid Railton. Elle était propulsée par un moteur incroyablement massif à 24 cylindres, de la taille de 15 moteurs actuels de F1. Elle était rapide, pouvant réaliser un tour record de l'ancien circuit de Brooklands avec une vitesse moyenne de 230,7 km/h. On était en 1936. Mais évidemment, l'engin n'était pas viable : le freinage de la voiture nécessitait le déploiement d'un parachute, et la machine consommait un joli 56,5 litres aux 100 et nécessitait donc un bon gros réservoir de 68 litres. Et ne parlons pas de ses émissions de CO2, s'il vous plaît.

La Napier-Railton.

En comparaison, les voitures de Formula E - propulsées par des moteurs à 200 kW - peuvent atteindre ces vitesses en utilisant simplement de l'électricité propre. Et c'est sans parler de l'évolution en termes de freinage ou d'accélération, ni de l'inutilité d'un parachute pour les contrôler.

C'est une comparaison discutable, évidemment : la Napier-Railton était construite pour des records de vitesse, alors que les Formula E ont été mises au point pour des compétitions sur des circuits de rue. Mais tout de même : en quelques générations à peine, une merveille d'ingéniosité qui nécessitait un moteur 24 cylindres pour se propulser à grande vitesse a désormais été éclipsée par des voitures de course fonctionnant sur batteries.

C'est le progrès, motivé par les questions que se posent sans cesse les ingénieurs : a-t-on besoin d'un moteur 24 cylindres ? Peut-on faire mieux avec moins ? La voiture peut-elle être plus légère ? Comment peut-on l'améliorer, la rendre plus simple, plus rapide ?

Mettez côte à côte une Formula E et la Napier-Railton et vous verrez que le progrès est ahurissant. De quoi se sentir fier de la race humaine. Mais si on regarde sur le court terme, les gens ne sont pas toujours heureux des progrès et de l'évolution des voitures de courses.

À court terme, les fans de sport automobile ne sont pas trop favorables à l'abandon de ce qu'ils adorent dans les voitures de course : les gros moteurs thermiques qui produisent des sons bien gras. Regardez juste ce qu'il s'est passé en Formule 1 quand ils ont abandonné les vieux moteurs V8 pour passer aux actuels V6, plus compacts, hybrides et avec turbocompresseurs. Ils ont eu de nombreuses plaintes venant des promoteurs de courses et des fans : ces moteurs étaient tout simplement beaucoup trop silencieux.

On ne peut pas nier que le son des moteurs fait partie du spectacle du sport automobile. L'esthétique des voitures et leur vitesse de course sont accentuées par les grondements qu'elles produisent. Quand les nouveaux moteurs V6 1,6 l ont été introduits, les voitures de F1 étaient tellement silencieuses qu'on entendait les bruits de pneus pour la première fois à la télévision. Les fans se sont insurgés qu'on essaye de plaquer des ambitions environnementales sur leur sport. Plus grave encore, plusieurs promoteurs de courses étaient tellement déçus du bruit de ces moteurs qu'ils se sont rassemblés en menaçant d'abandonner la F1, arguant que le manque de bruit allait leur faire perdre des spectateurs.

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Ce changement n'a été que le point culminant, cependant, de plusieurs années d'évolution dans la catégorie reine du sport automobile. Dès que le règlement a été standardisé en 1989 avec le bannissement des turbocompresseurs, les moteurs n'ont jamais fonctionné à plein régime. Depuis les moteurs V12 3,5l, en passant par les V10 3l au début des années 2000 et jusqu'aux V8 2,4l, avant les moteurs actuels.

À chaque fois qu'un changement a été fait, tout le monde criait qu'il s'agissait du plus grand scandale qui n'ait jamais touché la F1, avant de s'apercevoir qu'en fait, tout allait bien. Qui aurait un jour pensé que certains partis de la F1 aient un jour appelé à revenir aux moteurs V10 3l du début des années 2000, ceux qui étaient critiqués à l'époque car ils faisaient un bruit de grosse perceuse ?

Quoi qu'il en soit, les écuries de Formule 1 ont travaillé, et travaillent encore, sur l'élaboration de
moteurs hybrides capables de récupérer l'énergie des disques de frein, grâce à un moteur-générateur électrique, avant d'être redistribuée à une batterie. Récemment, l'écurie McLaren a dévoilé la MP4-X, leur Formule 1 futuriste, propulsée par un moteur hybride. Que les adeptes du moteur thermique se rassurent, ça ne viendra pas tout de suite. Laissons le temps aux mentalités de changer.

Mais revenons à la question originelle : comment gagne-t-on une course automobile ? S'il est honteux pour certains que les bruits des moteurs aient changés, ce n'est pas le romantisme du sport qui vous fait gagner des courses. Beaucoup arguent que le virage "vert" du sport automobile est un argument marketing et ne se fait pas en vue d'améliorer la performance. Un retour du politiquement correct face aux moteurs pornographiques et gras qu'étaient les V10 en somme. On ne pourrait pas être plus loin de la vérité.

OK, on vit peut-être le Grand Prix de Monaco différemment sans les vibrations à 18 000 tours par minute qui vous font vibrer les dents. Il est aussi étrange d'observer les voitures LMP1 au Mans, tellement silencieuses que vous ne les voyez pas arriver. Mais les évolutions actuelles dans la technologie automobile de pointe sont tellement plus qu'une stratégie marketing.

On est désormais dans une ère où le concept DeltaWing a capturé l'imagination des fans de courses du monde entier. Non seulement on a des voitures 100 % électriques qui circulent dans les centres-villes avec la Formula E, mais bientôt on aura aussi des voitures sans conducteurs.

On peut voir la technologie passer de la théorie aux voitures de course et jusqu'aux voitures que nous conduisons dans la vie de tous les jours. C'est excitant. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle le sport automobile est en train d'explorer de nouvelles voies, qui feraient cohabiter l'essence et l'électricité notamment.

Les vrais fans de courses savent qu'en adoptant ces nouvelles technologies, le sport automobile tente de répondre à la question qu'il s'est toujours posé : comment aller encore plus vite du point A au point B ?